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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/824

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Elysée, est chargé de l’ambassade à Charlemagne et enseigne à Rothrude la langue grecque et les manières de la cour. Le grand acte d’Irène, qui fut sa revanche sur la tyrannie de son défunt mari, la revanche du sentiment féminin sur l’idée iconoclaste, que soutenaient encore le sénat et les chefs militaires, ce fut la convocation du fameux concile de Nicée : il rétablit le culte des images.

Le fils d’Irène avait déjà vingt ans et continuait à se montrer d’une docilité exemplaire. En 788, le projet de mariage avec Rothrude ayant été rompu, elle le força d’épouser une fille du thème arméniaque, nommée Maria. Ce mariage semble avoir émancipé Constantin : nous le voyons conspirer contre sa mère et l’eunuque Staurakios, le confident et le généralissime de la Basilissa. Avertie par Staurakios, elle fit de vertes remontrances à son fils, s’emporta jusqu’à le frapper au visage, lui enjoignit de se tenir renfermé dans le palais, exigea des troupes le serment de n’obéir qu’à elle seule. La garnison de Constantinople y consentit ; mais les légions du thème arméniaque, obéissant peut-être à quelque appel de la jeune impératrice, s’y refusèrent et prirent les armes. La révolte s’étendit : partout les soldats, las d’obéir à une femme, s’insurgèrent contre leurs officiers et demandèrent à grands cris Constantin. L’émeute devint une révolution.

Staurakios fut tonsuré et exilé, Irène se retira dans un château fort avec ses richesses, et Constantin gouverna. Il gouverna fort mal, se fit battre par les Bulgares, et le sentiment de sa propre incapacité ou le revirement de l’opinion publique le portèrent à rappeler Irène et même Staurakios. Les affaires n’en allèrent pas mieux : les Bulgares furent encore vainqueurs ; les quatre oncles paternels du jeune empereur conspirèrent et eurent les yeux crevés ou la langue coupée ; les Arméniaques, qui naguère lui avaient rendu le pouvoir, se soulevèrent contre le rappel de Staurakios ; il fit aveugler leur chef et répudia sa femme Maria, suspecte d’avoir pris part aux menées de ses compatriotes. Un second mariage, avec une certaine Théodote, cubiculaire ou femme de chambre d’Irène, amena une nouvelle brouille avec sa mère. Celle-ci se jeta dans le parti des mécontens, distribua de l’argent et provoqua une révolution qui renversa son fils. Pour mieux prendre ses sûretés contre le prince détrôné, elle employa le moyen qui était classique à Byzance et que l’influence grecque avait fait adopter dans la Gaule carolingienne : on lui creva les yeux. L’opération se fit avec tant de barbarie qu’il en mourut.

Irène règne de nouveau, et, ce que l’on n’avait pas encore vu à Byzance, ce n’est pas au nom d’un mari ou d’un fils, comme Pulchérie ou Martina, c’est en son propre nom. Elle n’est plus impératrice, mais empereur, comme Marie-Thérèse fut le roi des