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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/798

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après le renversement des murs de Sion par les catapultes de Titus. Quelle religion a été assaillie d’autant d’ennemis ? et quelle est, avant la nôtre, l’époque où le judaïsme eût pu désarmer ? Il lui fallait, pour cela, être sûr de la paix ; et, aujourd’hui même, en est-il partout assuré ? Ne lui reprochons donc pas trop un fanatisme attisé par notre intolérance. Nous n’avons pas le droit de marquer à jamais le front du juif de telle ou telle maxime du Talmud. Autant vaudrait l’aire défense au catholique d’enlever du parvis de ses cathédrales l’échafaud des autodafés, ou lier à perpétuité le calviniste au poteau du bûcher de Servet.


III

Il serait curieux de faire l’histoire du juif à travers la littérature et le folk-lore du moyen âge. C’est un personnage qui a toujours frappé l’imagination du peuple. Elle en a eu souvent une vision fantastique. Encore aujourd’hui, il y a des terreurs superstitieuses dans la répulsion populaire à l’égard du juif. Pour les foules d’une moitié de l’Europe, le juif est demeuré un être mystérieux en possession d’arcanes redoutables. Il tient du sorcier. Ce n’est pas jeu de mots, si les assemblées de sorcières portent le nom de sabbat. Pour les masses, les traités du Talmud, brûlés par saint Louis, étaient un grimoire magique ; les bizarres lettres hébraïques semblaient des caractères cabalistiques. Le juif était de droit le maître des sciences occultes. Il lui en reste toujours quelque chose. On le soupçonne facilement d’accointances diaboliques. On lui prête volontiers les actes les plus étranges, car le juif n’est pas un homme comme un autre.

En Orient, en Occident même, l’ignorante crédulité des peuples alimente encore leurs haines contre le juif. Il court sur son compte des légendes dont la barbare naïveté jure avec l’esprit et les traditions du judaïsme. Que de juifs le moyen âge a brûlés pour avoir, de nouveau, crucifié le Christ en transperçant, de leur canif, une hostie consacrée ! C’est pourtant là une de ces, fables dont la donnée même trahit la fausseté. Un juif qui ne croit ni à la divinité du Christ, ni à sa présence invisible sous le voile du pain, n’a pas la sacrilège curiosité de lacérer l’hostie, pour voir s’il en sortira du sang. Pareille impiété ne peut germer que dans une tête chrétienne. Il en est à peu près de même d’une autre fable encore vivante dans les trois quarts de l’Europe.

On a remarqué, en Russie et en Orient, que les mouvemens populaires contre les israélites éclataient, de préférence, à l’approche des fêtes de Pâques. Aujourd’hui, de même qu’à l’époque