Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/701

Cette page n’a pas encore été corrigée


M. William Booth, général de l’Armée du salut, a eu la généreuse pensée d’employer l’ordre religieux qu’il a fondé à résoudre la question sociale, le redoutable et douloureux problème du paupérisme. Il ne lui suffit pas de sauver les âmes : il a cherché et croit avoir trouvé un remède à toutes les misères de la vie présente. Peu de livres ont fait une plus grande sensation, ont eu une destinée plus orageuse et plus bruyante que celui qu’il a récemment publié sous le titre de l’Angleterre ténébreuse et le moyen d’en sortir [1]. Aucun n’a donné lieu à de plus ardentes discussions, n’a été tour à tour loué avec plus d’enthousiasme, attaqué avec plus de vivacité et de véhémence. Toute l’Angleterre s’en est occupée, et dans plus d’un comté, on a pu rencontrer sur les grandes routes des bandes d’ouvriers se rendant à Londres pour obtenir leurs entrées dans les établissemens et les asiles que M. Booth se propose de créer. Le succès de son livre s’explique et par le sujet, qui intéresse tout le monde, et par le talent de l’auteur, à qui de bons juges ont reproché d’en avoir trop. L’économie sociale est une science sévère, à laquelle les artifices de style, les figures de rhétorique conviennent peu. La chaleur d’âme unie au bon sens, à une lumineuse clarté, à l’amour de l’exactitude, de la précision, voilà les premières qualités d’un philanthrope et les plus propres à lui gagner

  1. In darkest England and the way out, by general Booth. London. International Headquarters of the Salvation Army.