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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/688

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Maurescamp dans l’Histoire d’une Parisienne. Elle aussi, comme Mme de Rias, comme Mme de Camors, comme Sibylle de Férias :

Le rêve le plus cher de sa jeunesse avait été de continuer avec son mari, dans la plus tendre et la plus ardente union de leurs deux âmes, l’espèce de vie idéale à laquelle sa mère l’avait initiée en partageant avec elle ses lectures favorites, ses pensées et ses réflexions sur toutes choses, et enfin ses enthousiasmes devant les grands spectacles de la nature, ou les belles œuvres du génie… Cette vie idéale, si salutaire à tous, si nécessaire aux femmes, M. de Maurescamp la refusa à la sienne, non-seulement par grossièreté et par ignorance, mais aussi par système. A cet égard même il avait un principe : c’était que l’esprit romanesque est la véritable et même l’unique cause de la perdition des femmes. En conséquence, il estimait que tout ce qui peut leur échauffer l’imagination, — la poésie, la musique, l’art sous toutes ses formes, et même la religion, — ne doit leur être permis qu’à très petites doses.

Ce que vaut le « principe » ou le « système » de M. de Maurescamp, nos lecteurs le savent, qui n’ont pas oublié, sans doute, l’Histoire d’une Parisienne. Si je n’oserais dire que de tous les romans de Feuillet ce soit le meilleur, — quoique ce ne soit pas celui que le public a le mieux accueilli, c’en est peut-être le plus expressif, le plus significatif, — celui qui résume le mieux sa conception du mariage, de la femme, et de la vie. Ces grandes amoureuses qui traversent son œuvre, si je puis ainsi parler, les marquises de Campvallon, les Julia de Trécœur, les marquises de Talyas ou les Blanche de Chelles, nulle part il n’a mieux montré comment elles sommeillaient, ignorantes d’elles-mêmes, dans le cœur des « petites filles bien sages » qu’il s’est amusé quelquefois aussi à peindre, et comment il suffisait, pour les y réveiller, de l’imprudence, ou de la sottise d’un M. de Maurescamp.

Avions-nous tort de dire que, même en maltraitant les femmes, c’est toujours cependant leur cause qu’il a plaidée ? Ce sont les hommes qui sont coupables : coupables comme M. de Trécœur de ne pas mieux élever leurs filles ; coupables comme M. de Talyas et comme M. de Vaudricourt de ne vouloir voir dans leur femme qu’un jouet qu’on abandonne quand il a cessé de vous plaire ; coupables enfin, comme M. de Maurescamp, d’essayer de détruire en elles ce goût du romanesque qui leur est peut-être si « salutaire » et même si « nécessaire, » comme le croyait Feuillet. Il le croyait déjà, nous l’avons vu, quand il n’était l’auteur encore que des Scènes et Proverbes ; il le croyait encore vingt-cinq ou trente ans plus tard,