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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/680

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contre lesquels il est possible de réagir ; tous ensemble se résument dans une lente et singulière corruption des mœurs publiques, dont la bourgeoisie opulente et les classes aisées ne paraissent point assez craindre de se rendre responsables. Tout ce qui est idéal est aujourd’hui méprisé. » C’est ce que devraient savoir ceux de nos critiques, — puisqu’il en est encore quelques-uns, — qui reprochent aux romans de Feuillet d’être trop « romanesques. » Ne seraient-ils pas trop « positifs » eux-mêmes, trop « réalistes, » sans le bien savoir ? et parce que c’est un beau roman que Madame Bovary, les autres n’ont-ils donc de valeur et de prix qu’autant qu’ils approchent de celui de Flaubert, et, au besoin, qu’ils le recommencent ? Mais, en réalité, lorsque l’auteur des Scènes et Proverbes, après avoir lui-même rétabli contre le faux idéalisme des derniers romantiques les droits de la nature et de la vérité, vit le « naturalisme » ou le « positivisme » à leur tour envelopper et confondre dans la même dérision insultante tout ce qui fait l’agrément ou l’ornement de la vie, le poète ou le moraliste qu’il y avait en lui se révoltèrent à la fois. Puisque l’on contestait les titres de l’idéal, il se proposa de les retrouver. Non content de plaire, il conçut, aussi lui, l’ambition, s’il le pouvait, « d’encourager et de consoler les cœurs qui luttent, » « ainsi que l’y avait plusieurs fois invité la critique. Il sortit de sa calme retraite pour entrer dans la lutte et se mêler de sa personne à la bataille des idées. Il revendiqua pour l’art en général, et pour le roman en particulier, le droit o de discuter les idées les plus hautes ; » et il résolut de faire servir la fiction à quelque chose de plus utile qu’à distraire une heure ou deux de leurs graves travaux les ennuyés de la politique et de l’administration.

J’essaierai tout à l’heure de dire comment il y a réussi. Mais ce que l’on voit dès à présent, c’est combien sa seconde manière, pour ce seul motif, allait nécessairement différer de la première. C’en était fait de l’épicurisme élégant où son imagination délicate s’était complu jusqu’alors, et c’en était fait de ce goût du romanesque et du rêve où l’on avait pu craindre qu’il ne s’attardât. Désormais, il n’en devait retenir que ce qui servirait, en rendant ses fictions plus séduisantes, à les rendre aussi plus persuasives. Pour agir plus efficacement sur son temps, il allait en étudier les idées et les hommes de plus près qu’il n’avait fait encore. Il allait soumettre ses convictions ou ses croyances à cet examen qu’il faut bien que tout homme digne de ce nom en fasse une fois dans sa vie. Mieux encore : il allait, pour ainsi dire, inviter ses lecteurs à le faire avec lui. S’il y avait un moyen de réagir contre cette a corruption des mœurs publiques, » il allait le chercher avec eux, et, persuadé que, comme on le disait, si quelqu’un était responsable de cette