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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/670

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Peu d’écrivains, au cours d’une carrière de près d’un demi-siècle, ont remporté plus de succès, de plus flatteurs, de plus glorieux, — de plus légitimes aussi, — que l’auteur du Roman d’un jeune homme pauvre, de Sibylle, de Monsieur de Camors, de Julia de Trécœur, du Journal d’une femme, de la Morte ; et cependant peu d’écrivains, jusqu’à leur dernier jour, ou jusqu’au lendemain même de leur mort, ont trouvé la critique plus malveillante, plus hostile, et finalement plus injuste…

Je ne fais point allusion à ceux de ses rivaux, ou de ses successeurs, qui, comme l’auteur de la Bête humaine, ont cru le juger d’un mot, en l’appelant, celui-là : « le Musset des familles, » ou celui-ci : « l’auteur favori de l’impératrice Eugénie. » Nous reviendrons dans un instant sur « le Musset des familles. » Mais si ce n’est pas, sans doute, une preuve de talent que de savoir plaire aux impératrices, en serait-ce donc une que de les offenser, comme on a fait depuis, elles et tout leur sexe, dans la préférence qu’il est naturel, — et même heureux, — qu’elles donnent à ce qui est noble sur ce qui est vulgaire, à ce qui est distingué sur ce qui l’est moins, à ce qui est propre sur ce qui ne l’est pas ? Cette manière d’envelopper la réputation d’un écrivain dans la disgrâce d’une femme malheureuse et d’un régime tombé, a d’ailleurs quelque chose de niais, et de perfide à la fois, qui ne mérite pas seulement qu’on y réponde…

Mais ce sont les critiques eux-mêmes qui, pendant quarante ans,. ont affecté de marchander à Octave Feuillet tout ce qu’ils prodiguaient d’éloges plus qu’excessifs aux Flaubert, aux Goncourt,