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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/638

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III. BÉNARÈS. — LA VILLE. — LE BRAHMANISME, L’HINDOUISME. [1]


Cet après-midi, quelques courses au hasard dans Bénarès. Pour un très petit nombre de roupies, j’ai une calèche à deux chevaux, un cocher, un groom et un peon qui suit la voiture en galopant avec une gravité admirable. — Ces gens sont silencieux, sérieux, de figure immuable. — Le peon qui trotte et fait ranger la foule sur notre passage, serré dans sa tunique rouge, est tout pénétré de la gravité de ses fonctions. Les coudes au corps, la poitrine bombée, la tête très droite, il court en jetant de petits cris secs.

La division du travail est ici poussée à l’infini : il faut ce cocher pour conduire, ce groom pour ouvrir la portière, ce peon pour crier gare. L’Européen doit subir cet appareil. Il serait monstrueux qu’il allât à pied, qu’il portât un paquet : un officier anglais ne peut changer de place sans ébranler à sa suite un attirail d’hommes et de bagages. L’an dernier, à Londres, un simple caporal racontait devant moi que dans l’Inde il sonnait son domestique pour faire ramasser son mouchoir. Beaucoup de gentlemen ont un serviteur spécialement attaché à leur pipe. La

  1. Voyez la Revue du 1er et du 15 janvier.