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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/606

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Il est à Charlottenbourg, au fond d’un parc silencieux, à l’extrémité d’une allée de cyprès, un très simple mausolée. C’est la sépulture du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, mort en 1840, et de son épouse, la reine Louise, morte en 1810. Dans la lumière bleuâtre qui descend de l’étroite coupole, leurs statues reposent sur des socles de marbre. Par un effet singulier, la reine attire et retient seule les regards ; on ne voit qu’elle. Étendue, la tête un peu inclinée, les yeux clos, les bras ramenés sur la poitrine, les jambes croisées, recouverte, pour seul vêtement, d’un léger voile qui laisse transparaître tout le corps, elle semble surprise dans son sommeil, et le profane qui la contemple, oubliant qu’elle est morte, subit la fascination de sa beauté. La figure a des contours d’une pureté exquise ; les cheveux, relevés aux tempes, l’encadrent avec grâce, et l’on devine à travers le marbre leur sève puissante et la chaude couleur blonde qui les dorait jadis ; la nuque est ronde, forte aussi, comme elle devait être pour n’avoir plié ni sous les coups de la fortune, ni sous l’outrage du vainqueur ; la gorge, haute et ferme, semble palpiter encore, et, de la taille aux pieds, des formes pleines s’allongent onduleusement.