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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/552

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que la présence des escadres anglaises rendait très incommode : c’était là une compensation trop incomplète et trop peu assurée pour être regardée comme suffisante.

Les échecs subis en commun ont pour effet ordinaire de jeter la division entre les alliés les mieux unis : entre Français et Espagnols, qui n’avaient pas attendu le malheur pour entrer en querelle, la mauvaise fortune ne pouvait faire que changer des discussions déjà très âpres en récriminations tout aussi amères. On ne s’en fit faute d’aucun côté : Belle-Isle qui, au fond de l’âme, ne pardonnait pas à La Mina la perte de ce qu’il avait de plus cher, s’autorisant maintenant de son inaction, ne se gênait pas pour dire très haut qu’au fond les Espagnols n’avaient jamais eu le dessein d’entrer en Italie, ni par une voie ni par une autre, mais bien de rester l’arme au bras, le temps nécessaire pour préparer, par des négociations déjà entamées avec l’Angleterre, une défection consommée dans leur pensée. La Mina n’était pas embarrassé de répondre que l’empressement des Français à entrer en Piémont s’expliquait par le désir d’amener le roi de Sardaigne à composition, afin de traiter encore une fois avec lui seul, sans prendre conseil des droits et des intérêts de l’Espagne. « On se rejette la balle de part et d’autre, écrivait le comte d’Argenson à Belle-Isle, tâchez donc d’être le plus raisonnable. » Mais c’était un conseil qu’il aurait dû donner aussi à ses collègues et suivre lui-même, car les soupçons injurieux étaient échangés entre les deux cours aussi bien qu’entre les deux armées, et les rapports du duc d’Huescar et de Puisieulx étaient devenus si aigres et si orageux, qu’ils évitaient de se rencontrer. Plusieurs des ministres (Tencin et Maurepas entre autres) ne se cachaient pas pour faire entendre que, s’il fallait toujours tout subir de l’Espagne et ne rien obtenir d’elle, ce serait un débarras de lui laisser faire sa paix particulière pour être délivré de ses caprices. Et pendant que les politiques disputaient ainsi sur les avantages et les inconvéniens d’une alliance qui coûtait si cher, le public en soupirant ne constatait qu’une seule chose, c’est que, cette année encore, les revers d’Italie balançaient les victoires de Flandre, et que, la fortune partageant ainsi ses faveurs entre les belligérans, aucun ne se décourageait, tous persistaient dans leurs prétentions, et la paix était encore indéfiniment reculée. La désolation était générale.

Belle-Isle, dès qu’il fut un peu remis de sa première émotion, sentant bien que de ce mécontentement universel la plus grande part allait à son adresse, eut l’idée assez malheureuse d’essayer de se laver de tout reproche par une apologie en règle. Malgré le jugement très raisonnable que nous lui avons vu porter sur