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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/549

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Le fatal événement ne fut connu du maréchal que quatre jours après, le 29 juillet. Je renonce à peindre ce qu’il éprouva. Il perdait tout, affections, espérances, renommée, et ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, car c’était lui qui avait tout conduit, tout dirigé, tout commandé, et envoyé ce frère bien-aimé à la mort. Et ce désastre fondait sur lui, sous les yeux de ce jeune fils, peu fait encore à la souffrance, et qu’il avait amené pour le rendre témoin de sa gloire. Il n’y a point de parole qui égale une telle douleur ; il vaut mieux la lui laisser exprimer lui-même, avec cette dignité touchante qui ne l’avait pas abandonné dans d’autres épreuves.

« Ce n’est qu’hier au soir, monsieur, écrit-il au comte d’Argenson, que j’ai été informé de cette malheureuse affaire du 19. Je suis pénétré de la plus vive douleur de la perte irréparable que je viens de faire de mon frère. Je le suis aussi de celle que fait le roi d’un de ses plus dignes lieutenans-généraux et les plus propres à commander ses armées. Je le suis pour la suite de la besogne dont il était chargé, et qui eût été peut-être bien différente s’il avait vécu ; je le suis enfin par l’impossibilité où je me trouve de le remplacer, et par la privation d’un secours journalier dont ma santé et mes infirmités ont besoin. J’ai surmonté l’état violent où je me trouve pour m’occuper de la besogne ; j’ai conféré avec M. de La Mina, duquel je ne puis effectivement trop me louer dans cette circonstance… Je n’ai jamais été libre d’agir avec lia diligence nécessaire ; l’ordre du roi que j’ai reçu, précisément quatre jours après le départ de mon frère, m’a obligé de lui