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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/536

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encouragemens du roi. — « Mon fils, écrivait le roi du champ de bataille au dauphin, je viens de gagner une grande victoire, et jamais notre grand maréchal n’a été plus grand qu’aujourd’hui. Ne lui en faites pas compliment, mais dites à la dauphine de le gronder de s’être trop exposé comme un grenadier. » — Et le soir, venant s’établir au poste de la Commanderie, occupé la veille par Cumberland lui-même, qui y avait d’avance commandé son souper : — « La Commanderie d’ici a changé d’hôte : c’était le duc de Cumberland hier, aujourd’hui c’est moi ; je crois ce duc fort fâché, et je ne sais pas ce soir ce qu’il mangera. »

Une lettre adressée à la reine était d’un ton plus sérieux. — « La victoire, lui disait-il, était due à la protection toute spéciale de la sainte Vierge, puisque la bataille avait lieu un de ses jours de fête (le jour de la Visitation) et qu’on n’avait eu affaire qu’aux hérétiques, les Autrichiens ayant été, suivant leur ordinaire, des spectateurs bénévoles. »

Mme de Pompadour, non plus, ne pouvait être oubliée ; mais ce fut le comte de Clermont qui se chargea de lui faire savoir la joyeuse nouvelle en lui écrivant, au milieu des morts et des mourans, et faute de table sur le cul d’un chapeau : — « Cette journée doit être bien satisfaisante pour vous, madame, puisqu’elle s’est terminée à la gloire du maître dont la présence a fait la réussite. Il est aussi respectable à la tête de ses troupes qu’aimable au milieu de ses sujets. » — Le comte était lui-même un des héros du jour, puisque c’était sa brigade qui avait attaqué la première le village de Lawfeldt, et qui, finalement, l’avait emporté : aussi disait-on, en comparant sa conduite à la molle poursuite des deux Clermont, ses homonymes, que l’abbé s’était battu comme un militaire et les militaires en abbés. Et lui-même, s’en vantant dans un style peu ecclésiastique : — « Je me suis démené, disait-il, comme un diable dans un bénitier, et j’ose dire que mes peines n’ont point été inutiles. J’étais goutteux comme un vieux braque, et cela ne m’a pas empêché d’être alerte comme… (Je passe et pour cause la comparaison.) Je crois qu’on en dit de bonnes à l’arbre de Cracovie, je voudrais être assis sur une des chaises, à côté de toutes les perruques rousses, pour entendre le haricot qu’elles font de nous. Je crois que cela me réjouirait le cœur [1]. » Il y a lieu de penser, en effet, que sous cet arbre de Cracovie (ainsi nommé, comme on sait, parce que c’était à l’ombre de ce grand marronnier des Tuileries que les nouvellistes et les badauds de Paris se réunissaient habituellement pour disserter sur la

  1. Le roi au dauphin. — Clermont à Mme de Pompadour et à un de ses amis. (Papiers de Condé, ministère de la guerre.) — Journal de Luynes, t. VII, p. 257 et suiv.