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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/517

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Ces cours d’eau coulant tous du nord au sud supposent entre eux des chaînes de montagnes dirigées dans le même sens, c’est-à-dire pour nous des passes à franchir. En effet, en deux mois j’ai compté près de 50 cols ; nous en avons bientôt assez. Nous rencontrons partout les mêmes paysages ; c’est toujours la même succession dans la végétation : en bas, les conifères ; puis les rhododendrons atteignant de 3 à A mètres : plus haut les broussailles naines, l’herbe rare, faisant place enfin aux rochers et à la neige. En haut, toujours la même vue : les montagnes succédant aux montagnes, les chaînes se heurtant, s’entre-croisant en un gigantesque chaos, qui semble devoir se prolonger indéfiniment. Quelques-uns de ces cols atteignent jusqu’à 5,000 mètres ; il faut les gravir à pied, tenant son cheval par la bride ; le passage est dangereux. J’ai vu plusieurs fois des yaks rouler de haut en bas et se tuer ; pourtant ce sont des animaux bien adroits.

Ils nous servent de bêtes de transport, bien qu’ils soient difficiles à conduire ; seuls les Thibétains, auxquels les yaks sont accoutumés, en viennent à bout. Ils les mènent à coups de pierre et en sifflant. Les yaks courent de-ci et de-là, levant la queue, secouant nos coffres outre mesure, grognant comme des cochons. Ce sont de vrais gamins. Dans les vallées assez peuplées, nos bagages sont portés à dos d’hommes ou plutôt de femmes (elles font tous les gros travaux).

Nous-mêmes montons de petits chevaux que les chefs nous fournissent. Ils sont si petits que parfois mes pieds touchent à terre. Souvent nos costumes les épouvantent, et pour arriver à les enfourcher, nous devons leur faire couvrir les yeux par des indigènes.

Chevaux, yaks ou femmes, nous en changeons très souvent ; les territoires sont nombreux et petits. Jamais un chef ne consentirait à empiéter sur celui de son voisin. Aussi, dans certaines vallées cultivées, devons-nous nous arrêter à chaque village, ce qui nous cause beaucoup d’ennuis. Ces villages sont formés de maisons en terre ou en pierres à toit plat, s’appuyant sur le flanc de la colline et descendant en gradins. Les lamaseries qui s’étendent au sommet même des collines présentent la même disposition ; les murs sont blanchis à la chaux, les fenêtres étroites peintes en rose, on pourrait, à les voir, se croire devant quelque petite ville fortifiée de Provence. Près des forêts, les habitations n’ont souvent qu’un étage et sont faites de poteaux juxtaposés. Elles sont surmontées de grands treillages en bois qui servent de séchoirs à fourrage.

Les habitans offrent partout les mêmes types ; on ne peut, distinguer certaines tribus des autres qu’à quelques différences dans la manière de se coiffer ; tous portent des bottes de laine de