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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/477

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ce qu’il y aurait de mieux pour la république elle-même comme pour la France.

Qu’adviendra-t-il de cette année nouvelle pour l’Europe ? À la vérité, elle est longue et elle peut toujours nous ménager des surprises. Tout ce qu’on peut dire pour le moment, c’est qu’elle a commencé avec des apparences favorables et par des complimens à Berlin, comme à Vienne et à Rome. À Paris, la réception du corps diplomatique à l’Élysée a eu un caractère particulier de cordiale courtoisie. Entre le nonce et M. le président de la République, on n’a parlé que de paix, de liberté, de justice, de sympathies mutuelles. Tout est pour le mieux, — et il faut vraiment qu’il y ait dans quelques pays un singulier besoin de s’émouvoir pour aller chercher une arrière-pensée belliqueuse dans le discours que M. le président du conseil a adressé à ses électeurs parisiens avant le scrutin sénatorial. On peut se rassurer, M. le ministre de la guerre de France n’a donné aucun ordre de mobilisation et n’a sûrement menacé personne ! Rien n’indique donc qu’il y ait en Europe des complications prochaines ou quelque grosse question près de se réveiller. Tout se réduit, pour le moment, à des incidens lointains, à des négociations spéciales ouvertes un peu de toutes parts : négociations entre la France et l’Angleterre sur les pêcheries de Terre-Neuve, — négociations entre l’Angleterre et les États-Unis au sujet de la mer de Behring, — négociations du Portugal avec l’Angleterre et même avec la Belgique au sujet de quelques territoires du Congo ; mais ce ne sont là que de simples débats entre diplomates, et ce qu’il y aurait tout au plus de caractéristique dans une de ces affaires, c’est que l’exemple donné il y a quelques années par M. de Bismarck a décidément des imitateurs. Le Portugal et la Belgique ont d’un commun accord invoqué l’arbitrage du pape dans leur petit différend du Congo, — et ce n’est sûrement pas là un présage de guerre !

Des incidens de diplomatie, des mouvemens intérieurs, des crises de pouvoir ou d’élections, c’est l’histoire de tous les ans, c’est l’histoire de tous les pays. Sans avoir été troublée par des commotions violentes, l’année qui a dit son dernier mot il y a quinze jours ne laisse pas d’avoir son intérêt pour l’Espagne. On pourrait dire que c’est le terme de la première étape de la régence espagnole, du règne de ce jeune roi qui n’était pas même encore né au moment de la mort prématurée de son père Alphonse XII. Cette période a fini avec le ministère de M. Sagasta, remplacé il y a six mois par un ministère conservateur, et avec la première législature de la régence qui va être renouvelée dans quelques jours par l’élection. Elle avait duré quatre années et ces quatre années difficiles n’ont pas été sans avantages ou sans compensations, puisque dans l’intervalle l’Espagne a pu traverser sans trouble les premières épreuves d’une minorité inaugurée dans les conditions les plus périlleuses. Elles ont laissé à la nouvelle régente, à la reine Marie-Chris-