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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/238

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retentissans, les affaires parlementaires de la Prusse n’en vont pas ïnieux ; elles restent assez énigmatiques pour un avenir prochain.

A la vérité, ce n’est pas seulement à Berlin que les affaires parlementaires semblent un peu troublées à ce moment où l’année finit, où ¥a commencer une année nouvelle. Elles le sont peut-être encore plus d’une certaine façon, dans des pays où les partis sont le plus fortement organisés, où les libertés publiques se déploient avec le plus de puissance. L’Angleterre elle-même, pour le moment du moins, depuis quelques semaines, est dans une crise singulière qui ressemble à du désarroi, et ce qu’il y a de plus bizarre, c’est que ce désarroi est dû uniquement à un homme, à ses mésaventures personnelles, à ses malencontreuses galanteries. C’est M. Parnell qui, par son orgueil et son obstination, met la division partout, le trouble dans les partis anglais, une sorte de guerre civile en Irlande. Avec un peu de réflexion et de désintéressement patriotique, M. Parnell, après les débats de la court-divorce de Dublin qui ont divulgué ses aventures, aurait dû sentir la nécessité de s’éclipser temporairement ; il aurait compris qu’il y avait même peut-être de sa part une certaine habileté à laisser passer le déchaînement du pharisaïsme anglais avant de reparaître. Au lieu de s’effacer par un calcul habile si ce n’était par un sentiment moral plus relevé, il s’est cru de force à tenir tête à tout le monde. II ne s’est pas borné à défier la sévérité puritaine de M. Gladstone et des chefs les plus éminens du libéralisme anglais qui ont décliné désormais toute alliance avec lui, il a résisté aux supplications de ses amis qui se sont crus obligés de mettre l’intérêt de leur cause au-dessus des leur attachement à leur ancien chef. Il a bravé le clergé irlandais qui se prononçait contre lui. Il n’a rien écouté, il a voulu à tout prix ressaisir son ascendant compromis. Il s’est jeté à corps perdu dans cette malheureuse Irlande, parcourant le pays, cherchant les ovations, provoquant les manifestations populaires, poursuivant une guerre désespérée contre ses anciens alliés, les libéraux anglais, contre ses anciens amis. Jusqu’ici, depuis quinze ans il avait mis un art supérieur de tacticien à apaiser et à discipliner l’Irlande, à la faire entrer dans la voie des revendications régulières. Maintenant, pour sa propre cause, il a changé de langage ; il s’est mis à réveiller et à irriter toutes les passions, à faire appel aux sociétés secrètes, au fenianisme, aux violences révolutionnaires. Il a tout tenté, au risque de provoquer des agitations, des troubles où il a failli lui-même être victime d’une sorte d’attentat.

Qu’a-t-il gagné, en définitive, à cette campagne qui a remis l’Irlande en feu ? Il a eu une occasion récente d’essayer ses forces, de montrer ce qu’il pouvait encore. Une élection se préparait dans le nord de l’Irlande, à Kilkenny, où se trouvaient en présence un candidat nouveau