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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 103.djvu/233

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lions représentent surtout des maisons consacrées aux malheureux, aux vieillards, aux enfans abandonnés, à toutes les infirmités humaines, aux écoles d’Orient pour l’honneur de la France. C’est donc sur le bien des pauvres que cette triste dîme est prélevée, et on se souvient involontairement de cette parole indignée que M. de Serre laissait échapper autrefois à propos de confiscations réclamées par d’autres hommes de parti : — « Notre trésor peut être pauvre, mais qu’il soit pur ! » — Il n’est plus pur si le bien des pauvres y est entré. Il y a, s’il faut tout dire, quelque honte à puiser à cette source. Cela est si vrai que le gouvernement lui-même s’en est ému, qu’il s’est senti un peu troublé devant la révélation précise, saisissante de faits dont il ne se doutait pas ; M. le ministre des finances n’a point hésité à déclarer qu’il se réservait d’examiner de nouveau la question, qu’il la résoudrait de toute justice, et ce n’est peut-être même que par cette déclaration qu’il a arrêté au sénat le vote d’un amendement proposé par M. Bardoux, à l’exemple de l’amendement proposé par M. Clausel de Coussergues à l’autre chambre. M. Brisson, qui est un inquisiteur sévère, n’a pas été content des ménagemens de M. le ministre des finances et il a laissé entrevoir une menace d’interpellation. Soit ; il interpellera, et le gouvernement peut certes se donner le beau rôle en défendant la raison, l’équité, le droit contre le fanatisme de secte.

Chose curieuse ! Voici, au même instant, deux hommes embarrassés de leur importance oisive, qui s’efforcent de reprendre position par les mêmes moyens, en cherchant la complicité des fanatismes sectaires. M. Brisson, qui est un personnage un peu oublié depuis un stérile passage au pouvoir, que M. le ministre des finances lui rappelait malicieusement l’autre jour, a trouvé les taxes d’accroissement sur les congrégations, M. Jules Ferry, qui brigue une place au Sénat dans les Vosges, n’a trouvé rien de mieux que d’appuyer sa candidature par un discours où il renouvelle les vieilles déclamations radicales sur les lois scolaires, sur la loi militaire, sur les laïcisations. L’un et l’autre, M. Brisson et M. Jules Ferry, sans être précisément des alliés, se flattent probablement de réparer une popularité un peu délabrée, en réchauffant à leur profit les ardeurs anticléricales. Réussiront-ils ? C’est possible : ce n’est peut-être pas aussi sûr qu’ils le croient. Sans doute, dans le monde officiel, il y a toujours la vieille passion de guerre religieuse prompte à se réveiller ; il y a les républicains qui suivent le courant, qui crient avec les radicaux, de peur d’être suspects. Même dans les chambres, pourtant, on sent comme une vague impatience, comme une fatigue intime de toutes les violences de parti, et il n’en aurait pas fallu beaucoup l’autre jour pour que l’amendement de M. Clausel de Coussergues fût adopté. Et puis, en dehors des chambres, il y a toujours le pays, étranger aux tactiques des partis, plus que