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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/953

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c’est peut-être vrai, mais nous chercherons une compensation, nous chargerons M. le ministre des affaires étrangères de s’occuper de nos missions. — Voilà une étrange manière d’encourager, de fortifier ceux qui servent la France, lorsque les plus grandes puissances, l’Angleterre, l’Allemagne prodiguent les millions pour soutenir leurs missionnaires dans l’univers, lorsque les Italiens eux-mêmes multiplient les écoles rivales en Orient, disputent l’influence à nos religieux jusqu’en Chine !

Voilà aussi, on en conviendra, une singulière façon de répondre à ces vœux d’apaisement, de conciliation qui se manifestent partout aujourd’hui ! On met, encore une fois, la guerre dans le budget lui-même ; on répond par un vote de parti à cette belle et éclatante discussion que M. Piou, M. Clausel de Coussergues ont engagée devant la chambre, — mieux encore, devant le pays, — et qui est comme un dédommagement de tant de débats futiles. Le mérite de ces orateurs, devenus des maîtres de la parole, est de s’être abstenus de toute déclamation, de toute récrimination, de toutes les banalités de parti, d’avoir parlé le langage de la raison, du droit, de la vérité, de la politique libérale et nationale. Et, qu’on ne croie pas que d’aussi sérieuses manifestations soient destinées à rester stériles ! On peut essayer de les écarter par un coup de majorité ; elles survivent aux circonstances qui les ont produites, parce qu’elles répondent à une situation, à un sentiment profond de la France lassée, fatiguée des guerres de secte qui ne font que l’épuiser, la troubler dans sa vie intérieure et la diviser devant l’étranger.

A en croire les nouvellistes du monde, toujours à la recherche de ce qui peut réveiller les curiosités assoupies, l’Europe serait toujours menacée par les incidens. Les propagateurs de faux bruits sont inépuisables ! Un jour c’est la question du Luxembourg, qui se réveillerait par suite de la mort du roi de Hollande, — qui serait l’objet de la sollicitude, des négociations de la triple alliance : comme si la situation du Luxembourg n’était pas depuis longtemps réglée par l’accord de toutes les puissances, et si deux ou trois cabinets avaient le droit de changer, de leur propre autorité, ce que l’Europe entière a fait ! Un autre jour, c’est sur la frontière de Tripoli que la guerre est près d’éclater, qu’elle est même déjà allumée par les irruptions ambitieuses de la France : comme si la France avait le moindre goût et le moindre intérêt à troubler le sultan dans la possession d’une de ses provinces ! Un autre jour, enfin, c’est l’Autriche qui est occupée à régler avec la Porte l’annexion définitive de la Bosnie et de l’Herzégovine à l’empire austro-hongrois : comme si l’Autriche était intéressée à porter ce dernier coup au traité de Berlin, au risque de déchaîner tous les conflits ! Heureusement tous ces bruits d’un jour s’en vont comme ils sont venus, sans émouvoir même l’opinion. L’Europe n’en est pas troublée, parce