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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/952

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reconnues, autorisées, comme aux congrégations non reconnues. Seulement les congrégations non reconnues, par cela même qu’elles n’ont pas une existence légale, sont facilement insaisissables. Elles peuvent épuiser les ressources des lois civiles pour dissimuler leur fortune ; elles échappent au fisc, — et le coup ne frappe réellement que les communautés auxquelles l’État lui-même a donné la personnalité civile, les droits d’un corps moral, qu’il a érigées en institutions d’utilité publique, pour lesquelles il a consacré précisément le principe de l’indivision perpétuelle de la propriété dans un intérêt supérieur. Ce droit d’accroissement a, en vérité, des effets bizarres. Il est impuissant à l’égard des congrégations qu’on aurait voulu sans doute atteindre ; il est destructif jusqu’à la ruine pour les communautés qui vivent sous le regard de l’État, qui consacrent leurs biens aux pauvres, aux malades, aux vieillards, à toutes les infirmités humaines, qui envoient aussi leurs missionnaires porter le nom de la France dans les régions les plus lointaines. C’est un des plus curieux exemples d’un aveugle et implacable esprit de secte déguisé sous une fiction de légalité fiscale.

Vainement des hommes d’une modération évidente se sont élevés contre les conséquences et les dangers de ce droit d’accroissement ; vainement M. Piou, M. Clausel de Coussergues, dans de savans et lumineux discours, ont mis à nu ce qu’il y avait d’exorbitant, d’inique, d’arbitraire dans ces interprétations léonines d’une légalité systématiquement ambiguë. Ils n’ont pas été écoutés par une majorité que le seul mot de cléricalisme aveugle ou égare jusqu’à l’abêtissement. On n’a contesté ni les faits qu’ils ont exposés, ni les chiffres dont ils ont appuyé leurs saisis santés démonstrations ; on n’en a tenu compte, parce qu’en effet, on le sentait bien, il ne s’agissait ni de liberté, ni d’équité, ni même de finances. C’était de la politique de parti qu’on faisait, sous prétexte de réclamer « l’exécution des lois, » c’était une guerre qu’on prétendait continuer, et le promoteur de cette nouvelle campagne, M. Henri Brisson, ne l’a pas caché. Cet Épiménide du jacobinisme s’est donné le passe-temps suranné d’évoquer tous ces fantômes de la « congrégation, » des conspirations cléricales contre la société laïque ! Et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que le gouvernement s’est cru obligé de plier devant M. Brisson, de subir sa protection ou sa caution devant la majorité. Peut-être bien au fond aurait-il voulu s’en défendre, éviter tout au moins de se prononcer pour une application trop violente d’une fiscalité abusive, il ne l’a pas osé ! Dans quelles éternelles contradictions se traîne-t-on cependant ? En toute occasion, depuis quelque temps, on ne cesse de relever les services de tous ces religieux, de ces missionnaires qui maintiennent le renom, le prestige de la France dans tout l’Orient, dans les contrées les plus lointaines, et on ruine les communautés qui les envoient. — Qu’à cela ne tienne, dit M. le ministre des finances dans l’embarras de tout concilier, nous ruinons les communautés,