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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/941

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l’illustration des Contes drolatiques de Balzac l’illustration de l’Enfer, par un rapport bizarre, est celle où peut-être le fécond dessinateur a mis le plus d’invention et d’heureuse audace.

Mais ce sont, en revanche, les livres relatifs à l’histoire de l’art qui sont nombreux, qui sont beaux, et qui sont intéressans cette année. Il n’y en a, en effet, ni de plus luxueusement illustrés, ni qui soient de nature à faire songer davantage, ayant tous ceci de commun qu’ils tournent en quelque manière autour d’une seule question, l’une des plus importantes qu’on puisse aujourd’hui discuter. Ce n’est rien de moins que celle de savoir ce qu’il faut penser du mouvement de la Renaissance, et non pas, sans doute, si nous le condamnerons ou si nous l’absoudrons, — ce qui serait parfaitement oiseux, — mais si nous continuerons longtemps encore, ou s’il nous faut cesser enfin de suivre, en matière d’art comme de littérature, et aussi d’éducation, les erremens des « Grecs » et des « Romains. »

C’est ce dernier conseil que nous donne M. Louis Gonse, dans le magnifique volume qu’il vient de consacrer à l’Art gothique [1]. Architecture, sculpture et peinture, l’imitation des Italiens, si nous l’en voulions croire, en détournant l’art français national des voies qu’il avait pratiquées pendant plus de cinq cents ans, l’aurait trompé lui-même, et comme aveuglé, non-seulement sur sa propre originalité, mais encore sur les vraies conditions, pour ne pas dire sur l’objet de l’art. En nous mettant à l’école de Brunelleschi et de Bramante, de Donatello et de Michel-Ange, de Léonard et de Raphaël, nous aurions, selon son expression, « lâché la proie pour l’ombre, » et travaillé, avec une conscience plus malheureuse que méritoire, à substituer en nous des qualités d’emprunt aux qualités indigènes, si je puis ainsi dire, dont nos vieilles cathédrales portent encore et toujours l’indestructible témoignage. Nous voudrions pouvoir ici, non pas certes résumer, mais indiquer au moins quelques-unes des nombreuses raisons, — parmi lesquelles il y en a de très fortes, — que M. Louis Gonse fait valoir à l’appui de son paradoxe, car nous craignons un peu que ce n’en soit un. Disons en tout cas qu’on ne saurait tirer plus habilement parti de tout ce que l’érudition, dans le siècle où nous sommes, a entassé de travaux de tout genre sur l’art, sur la littérature, sur l’histoire du moyen âge. On ne saurait non plus dominer de plus haut une plus vaste matière, mieux concilier ni mieux réduire à l’unité de ses propres vues, toujours originales et souvent ingénieuses, tout ce qu’il subsiste encore d’opposition entre les apologistes les plus ardens du moyen âge. Et je ne vois pas enfin comment, dans un ouvrage de cette nature, on aurait pu plus adroitement, avec une science plus sûre et un goût plus heureux, unir, lier ou fondre ensemble le texte et l’illustration.

  1. I vol. in-f° ancienne maison Quantin.