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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/938

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Il y a toujours beaucoup de livres d’étrennes, mais il n’y en a pourtant jamais que de deux sortes : ceux dont on se dispenserait volontiers de rien dire, s’ils ne paraissaient dans le temps des étrennes, où il est convenu que la critique fait trêve, comme la politique ; et ceux dont on regrette, faute d’un peu de place, de ne pouvoir dire en quelques mots tout le bien qu’on en pense. Nous ne parlerons que des seconds, cette année.

Mettons d’abord au premier rang d’entre eux le nouveau roman de M. Ferdinand Fabre, Xavière, illustré par M. M. Boutet de Monvel de vingt-huit grandes compositions, quatre « en-têtes, » et quatre « culs-de-lampe [1]. » Si quelques-unes de ces compositions, cinq ou six, pas davantage, ont quelque chose d’un peu mièvre et de trop élégant dans leur affectation ou leur parti-pris de simplicité, nous ne saurions trop louer toutes celles que ne touche pas cette légère critique ; et il y en a bien dix ou douze qui sont de vrais petits chefs-d’œuvre de réalisme et de sentiment. C’est dommage que nous ne puissions les décrire ni même en donner une idée : il faut nous contenter ici d’en féliciter M. Boutet de Monvel et ses heureux éditeurs. Pour le roman de M. Ferdinand Fabre, c’est un de ces récits de mœurs cévenoles où, depuis déjà longtemps, nous savons qu’il excelle ; une idylle un peu triste, presque tragique ; et, avec beaucoup d’art, entremêlée de quelques-unes de ces « scènes de la vie cléricale, » que nul, je crois, n’a su peindre chez nous comme l’auteur de l’abbé Tigrane et de Mon oncle Célestin. Le talent de M. Ferdinand Fabre est-il bien apprécié à sa juste valeur ? et, nous-même, pour notre humble part, si nous ne l’avons certes jamais méconnu, l’avons-nous assez loué ? C’est

  1. 1 vol. in-4° ; Boussod et Valadon.