Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/920

Cette page n’a pas encore été corrigée


Avec une résolution subite, Henryka donna de l’éperon à son cheval et s’élança, bride abattue, à la poursuite de l’officier impérial. Dans cette chasse sauvage, les chances étaient égales, car, si Berndt avait une avance considérable, il était blessé, tandis qu’Henryka, pourvue d’un cheval frais, disposait de tous ses moyens d’action.

En effet, l’audacieuse fille allait l’atteindre au moment où il se trouvait arrêté par une barrière qui fermait la route. De loin, elle lui cria de se rendre. Berndt eut un instant d’angoisse ; il se sentait perdu. Alors, il fit un suprême effort, prit du champ, éperonna vigoureusement son cheval, l’enleva, et la vaillante bête, quoique surmenée, franchit la barrière. Henryka eut beau faire, sa monture se refusa au même tour de force. Furieuse, l’amazone tira sur l’officier un coup de pistolet sans l’atteindre. Il put gagner Cracovie, et prévenir le général Collin.

Il devenait, dès lors, impossible de s’emparer de la ville par surprise. Il fallait ajourner l’entreprise indéfiniment, ou tenter le sort d’une attaque en règle, immédiate. Ce fut à cette dernière résolution qu’on s’arrêta.

Le lendemain, les insurgés s’avancèrent en même temps, de tous côtés, vers la ville des Jagellons, pendant que les Cracoviens prenaient les armes. Toute la journée, on se battit dans les rues et aux environs de la ville. Ce ne fut que vers le soir que l’on convint d’un armistice. Jugeant que la position n’était pas tenable, le général Collin quitta Cracovie dans la nuit avec ses troupes, se retira derrière le pont de Podgorzé, et, de là, jusqu’à Wedowizé.

Cependant, le lieutenant-colonel de Benedck avait été envoyé à Bochnia, et avait pris le commandement des quelques troupes qui s’y trouvaient. Les paysans des environs, pleins de haine contre leurs seigneurs, avaient pris les armes contre les insurgés. Benedek en rassembla quelques milliers autour de lui, les harangua, et, ne fût-ce que pour sauver l’honneur militaire, résolut de tenir tête, avec ces faibles ressources, aux Polonais qu’il s’attendait à voir marcher contre lui.

Après s’être fortement organisée dans Cracovie, la petite armée des insurgés, bien pourvue d’armes et de munitions, se porta en avant et pénétra en Galicie. Benedek alla à sa rencontre, et lui livra, près du village de Gdow, une sanglante bataille, à laquelle prit part Henryka, aux côtés de Demboski. La belle fille, en amazone flottante, avec une jaquette à brandebourgs, la confédératka rouge sur la tête, et l’épée à la main, rappelait cette reine polonaise qui aida Jagellon à gagner tant de victoires sur les chevaliers teutons. Elle rappelait en même temps les audacieuses