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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/916

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— Je m’en charge, moi, s’écria Bogush ; j’ai un véritable talent de Figaro.

Tandis que Bogush rasait Demboski, Henryka convenait avec la baronne des autres dispositions à prendre.

Le juif retourna vite chez lui. Il trouva le commissaire et les officiers en train de boire un verre de slivovitz et se réjouissant à l’avance du succès certain de leur expédition. — Vous allez sans doute à la recherche de l’émissaire polonais, celui que l’on dit caché dans la maison du curé ? dit tout bas le rusé cabaretier à l’oreille du commissaire.

— Comment ! se récria celui-ci, est-ce qu’il aurait déjà changé de cachette ?

— Ah ! je n’en sais rien, répliqua le juif d’un air indifférent, je ne me mêle pas de ces choses-là !

Sur ces propos, le commissaire tint aussitôt conseil avec les officiers, et on résolut de commencer par fouiller la maison du curé.

Cette perquisition, très habilement suggérée, permit à Henryka d’exécuter assez tranquillement la première partie de son plan. Lorsque Demboski fut bien rasé, elle le maquilla et le grima avec un art achevé ; ensuite, elle lui fit revêtir une robe et une grande pelisse, que la baronne avait l’habitude de porter dans ses courses en traîneau. Enfin, elle lui attacha une lourde tresse, et l’affubla d’un capuchon.

Demboski était complètement métamorphosé. De taille moyenne et svelte, avec des traits nobles, finement modelés, le jeune conspirateur avait bien l’air un peu majestueux sous ce déguisement, mais il était, en somme, beaucoup mieux dans ce rôle qu’on ne s’y attendait ; et, quand Henryka, également enveloppée de sa fourrure et de son voile, monta dans le traîneau qui les attendait, tout le monde aurait juré que le véhicule emportait deux belles Polonaises.

On ouvrit toute grande la porte de la cour, le cosaque fit claquer son fouet, et le traîneau partit au galop par la route impériale, en traversant tout le village.

Au moment où l’attelage allait franchir la barrière où se tenait habituellement un poste de douane, un cri de : « Halte-là ! qui vive ? » arrêta net le cocher. Un officier, accompagné de deux hussards avec des carabines armées, s’approcha du traîneau.

— Qu’est-ce que cela signifie ? demanda Henryka, en levant son voile, et sur le ton d’une indignation parfaitement jouée. Sommes-nous donc en état de guerre, ou de révolution ?

Ébloui par les charmes hautains de cette jolie femme, l’officier