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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/897

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remarque avec raison M. Meyer [1], la liberté et l’aisance relatives avec lesquelles les figures sont indiquées dans ce croquis ne se retrouvent aucunement dans l’œuvre définitive. La symétrie absolue et les fautes de proportion qu’on observe entre ces personnages si régulièrement répartis sont, au contraire, tout à fait choquantes. Si, dans la Compagnie du capitaine Symonsz de Vries, l’arrangement est plus heureux, tous ces visages inanimés, regardant invariablement le spectateur avec une expression pareille d’étonnement, ne laissent pas d’être assez déplaisans. Il est vrai qu’à la conscience scrupuleuse et au savoir consommé d’Elias, de Keyser joint ici une distinction plus haute de la facture, et avec une pâte plus abondante et des tonalités plus généreuses, une sûreté de touche qu’il ne pousse jamais jusqu’aux aventureuses virtuosités de Hals. Mais la supériorité de l’artiste se manifeste surtout dans ses tableaux de régens ou de régentes des associations charitables et dans ses portraits isolés. Le mérite et le charme de ces portraits, le tact exquis avec lequel il sait proportionner à leurs dimensions une facture tour à tour large ou précieuse par son fini, expliquent assez la faveur dont il jouissait près de ses concitoyens vers 1630 et l’influence indéniable qu’il exerça sur Rembrandt lui-même au moment où celui-ci arrivait à Amsterdam.

A côté de ces ouvrages d’artistes franchement hollandais et voués exclusivement à la pratique d’un genre de pointure propre à leur pays, il est curieux d’examiner, en passant, l’ouvrage d’un étranger tel que Joachim de Sandrart et de voir comment cet adepte du style académique a interprété un motif du même ordre. Noble lui-même, choyé par la société aristocratique, vivant en commerce étroit avec les beaux esprits de ce temps, Sandrart a peint pour le Doelen des arquebusiers d’Amsterdam un grand tableau que, probablement, il a offert à cette corporation : la Compagnie du capitaine Van Swieten s’apprêtant à escorter Marie de Médicis, lors de sa visite à Amsterdam, le 1er septembre 1638. On sait les fêtes dont cette visite avait été l’occasion, la population entière s’étant spontanément réunie à la municipalité pour rendre à l’exilée des honneurs vraiment royaux. En choisissant cet épisode pour sujet de son tableau, on pouvait croire que cet Allemand, muni par son éducation de toutes les ressources de son art, imaginerait des combinaisons imprévues qui trancheraient sur la monotonie des données généralement adoptées. Son tableau est cependant d’une banalité extrême. Les dignitaires de la compagnie s’y offrent à nous échelonnés suivant une ligne oblique qui laisse la composition sans appui ; les portraits sont fades et indécis, le ciel terne,

  1. Oud-Holland ; III, p. 228.