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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/875

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Les doyens des gildes se conformaient à ces traditions quand, en confiant à quelque artiste en vue le soin de traiter, dans la vie du patron de la société, l’épisode qui leur paraissait le mieux répondre au programme de celle-ci, ils lui demandaient d’introduire leur propre portrait dans sa composition, tantôt modestement confondu parmi les témoins de la scène, tantôt au premier plan, en pleine lumière, tenant en main son livre de prières ou égrenant un chapelet.

Cette forme religieuse de l’hommage se retrouve d’une manière à peu près constante dans les tableaux de corporations des Flandres, depuis leur première apparition jusqu’au moment de la décadence des gildes et de la peinture elle-même. Ils ne présentent donc rien d’imprévu, rien de particulier à la Belgique. Ce sont à proprement parler des ex-voto dont les tableaux du même genre faits en Italie et en France, — comme les Echevins de la ville de Paris de Largillière, ou les Prévôts des marchands de Philippe de Champaigne, au Louvre, — nous fourniraient l’équivalent. Mais si peintres et dignitaires acceptent les usages établis, sans que les œuvres qu’ils exécutent ou qu’ils commandent aient un caractère national, du moins le nombre de ces œuvres ainsi offertes à leurs chapelles témoigne de l’importance et de la richesse que ces associations avaient acquises dans les Flandres.

Vers la fin du XVIe siècle, bien que des perturbations profondes se fussent produites dans l’état du pays, les tableaux de corporations continuaient invariablement à affecter la forme d’un hommage religieux rendu au patron de l’association. Même au cours du soulèvement de 1568 et pendant les cruelles répressions qui en marquèrent la suite, ces témoignages de la piété des gildes n’avaient jamais complètement fait défaut dans les Flandres. L’art ne montrait aucune trace des passions qui agitaient alors la contrée. Dans toutes ses manifestations, au contraire, on retrouvait la marque de l’esprit de docilité dont ce pays allait bientôt donner une nouvelle preuve. Plusieurs des associations militaires, en effet, n’avaient pris aucune part au mouvement et tandis qu’on les voyait partout en Hollande faire cause commune avec les révoltés, elles étaient restées fidèles à leurs croyances, sans essayer de secouer le joug de l’étranger. Avec le gouvernement de l’infante Claire-Isabelle et de l’archiduc Albert, les provinces méridionales fatiguées de la lutte acceptaient franchement une pacification qui leur rendait leurs franchises municipales. Grâce à la douceur de ce régime, elles avaient retrouvé leur ancienne prospérité. Non-seulement elles avaient conservé leur culte, mais la pompe des cérémonies chères à ces populations s’était encore accrue. En même temps, s’annonçait déjà la renaissance de l’école flamande, qui devait bientôt à