Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/872

Cette page n’a pas encore été corrigée


mouvement du commerce et de l’industrie était considérable et la supériorité de ces excellons ouvriers faisait rechercher leurs produits dans toute l’Europe. Guicciardini vante avec raison [1] leur habileté « en toutes choses manuelles, principalement en tant de beaux draps, tapisseries admirables, sayes, ostades, toileries, futaines et autres marchandises de toutes sortes et prix. » Il parle avec éloges de leur amour du travail, et les trouve « diligens, bientôt comprenant une chose et imitant soudainement tout ce qu’ils voient. » Ils ont eux-mêmes le génie des inventions, car « ils commencèrent non-seulement à faire les toileries, mais draps de plusieurs sortes ; pareillement en portèrent l’art en Angleterre et l’art de la teincture pareillement. » La seule ombre au tableau, c’est que ces gens a froids et posés en toute chose » sont grands buveurs ; « eux-mêmes le cognaissent et confessent. » Bien qu’offensé par ces excès qui frappent surtout un Italien, Guicciardini les trouve cependant excusables, « étant l’air du pays le plus du temps humide et mélancolique. »

Les seigneurs et le clergé, détenteurs de la propriété domaniale, étaient intéressés au développement de ces associations qui contribuaient si puissamment à leur propre richesse, car les impôts, les droits de péage dans les ports, les redevances prélevées par eux sur les marchés, sur le poids public, etc., dépendaient de l’importance des transactions. Mais avec ces bourgeois riches, pénétrés du sentiment de leur valeur, pleins d’énergie et de bon sens, les rapports n’étaient pas toujours faciles. La réciprocité seule des intérêts pouvait maintenir entre eux et leurs seigneurs la bonne harmonie. Or la sécurité extérieure, que par des contrats tacites ou formels ces derniers devaient garantir, était bien souvent compromise par des rivalités de ville avilie et par des compétitions de suzeraineté. De plein gré ou contraints, les gouvernans avaient donc consenti à l’octroi de libertés, au maintien ou à l’extension desquelles leurs sujets veillaient avec un soin jaloux. Les chartes où étaient énoncés ces privilèges étaient déposées à la maison échevinale dans de grands coffres de fer à plusieurs serrures, dont les administrateurs gardaient chacun une clef, après avoir prêté solennellement, sur un crucifix, le serinent de faire respecter ces franchises [2]. Survenait-il quelque impôt nouveau ou quelque froissement, du haut du beffroi municipal les magistrats appelaient aux armes leurs concitoyens pour résister à la cupidité ou aux empiétemens du seigneur. De là ces luttes intestines et fréquentes qui

  1. Description de tout le Pays-Bas, par L. Guicciardini ; in-folio, Anvers, 1567.
  2. Les Libertés communales en Belgique, par Alphonse Wauters ; Bruxelles, 1878 ; et les Mœurs et les Usages des corporations de la Belgique, par Félix de Vigne ; Gand, 1857.