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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/862

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veut plus avoir de commerce avec le monde. Il affecte une grande réserve ; il ne parle point, mais il écoute, et j’ai eu le plaisir, en lui disant adieu, de lui dire tout ce que je pense. »

C’était à lui, premier rapporteur, à opiner le premier ; mais il avait d’abord le rapport à faire. Trois audiences y furent employées. Le 13 décembre, il donna son opinion. Il reprit l’un après l’autre tous les chefs d’accusation, et sur aucun d’eux, il déclara n’avoir trouvé, à la charge de l’accusé, de preuves suffisantes. Il y avait eu autour du surintendant des appétits regrettables ; mais rien ne démontrait que le surintendant y eût cédé pour sa part. « Les personnes qui sont en place et qui ont la principale autorité dans les affaires seroient bien malheureuses, disait-il, si elles dépendoient de leurs gens et si elles étoient responsables de leurs désordres. » Sur l’affaire des trente-sept billets de l’épargne, montant ensemble à 6 millions de livres et qui, au lieu d’être annulés, avaient été retrouvés et saisis chez l’un des trésoriers, il était constant qu’ils n’avaient pas été mis en circulation et que, pour les finances du roi, il n’en était résulté aucun préjudice ; il y avait eu faute de gestion, non pas fraude ni détournement. Quant au plan de défense, la pensée en était mauvaise, mais elle n’était que pensée, sans exécution.

De ces considérans quelle était la conclusion logique ? L’acquittement, sans doute. Il en irait certainement ainsi de nos jours ; en ce temps-là, Louis XIV régnant, il n’en allait pas de même. L’absolue volonté du roi pesait sur toutes les consciences, jusque sur les plus fermes et les plus honnêtes. Arracher à la mort une victime qu’il y avait assignée lui-même, c’était déjà un grand acte de courage ; on en eut bientôt la preuve. C’est pourquoi la conclusion de d’Ormesson fut celle-ci : « L’accusé sera-t-il donc déclaré innocent ? Nullement. Mais, les preuves n’étant pas entières, les temps de sa surintendance étant considérables, pendant l’administration d’un ministre étranger qui ne savoit pas les formes et qui a pu par son exemple, quoique innocent, donner lieu à beaucoup de confusion et servir de prétexte aux défenses de l’accusé sur beaucoup de faits ; lui qui opine estime, par toutes ces considérations, qu’il y a lieu de déclarer l’accusé dûment atteint et convaincu d’abus et malversations par lui commis au fait des finances et en la fonction de la commission de surintendant ; pour réparation de quoi, ensemble pour les autres cas résultant du procès, d’ordonner qu’il sera banni à perpétuité hors du royaume, enjoint à lui de garder son ban sous peine de la vie ; ses biens acquis et confisqués au roi, sur iceux préalablement prise la somme de 100,000 livres, savoir 50,000 livres au roi et 50,000 livres en œuvres pies. »