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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/852

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dressés ? Comment en général la saisie des papiers avait-elle été faite ? Et Foucquet, désormais au courant des circonstances qu’il n’avait pu connaître d’abord, va prendre texte des prétendues révélations de la fausse cassette amoureuse, de ces lettres inventées, fabriquées, apocryphes, pour jeter tout au moins le doute sur l’authenticité de certaines pièces alléguées contre lui, et pour incriminer la violation flagrante des formalités juridiques.

Alors commence la série de ces a défenses » lancées coup sûr coup, comme les sorties vigoureuses d’un assiégé résolu. Colbert a beau mettre sa police en campagne, fouiller les imprimeries, menacer les imprimeurs, il se trouve toujours çà ou là quelque presse clandestine d’où les feuilles échappées, colportées, distribuées sous le manteau, se répandent dans le public ; on les lit avidement, on se les communique, on se les dispute. L’opinion s’éclaire. Un incident considérable achève de l’émouvoir. Lamoignon, le magistrat respecté, savant, intègre, est devenu, — qui le croirait ? — suspect au roi, c’est-à-dire à Colbert. Un matin du mois de décembre, le roi le fait appeler : « Cette affaire tourne en longueur, lui dit-il ; je veux l’accélérer. Le palais vous occupe et vous ne pouvez pas tout faire. J’ai dit au chancelier d’entrer dorénavant à la chambre de justice, ce qui ne doit pas vous empêcher d’y aller, quand vos occupations vous le permettent ; » et comme Lamoignon répondait : « Je tiendrai toujours à honneur d’être présidé par le chef de la magistrature. — Je ne conçois pas, reprit Louis XIV avec insistance, comment vous avez pu suffire au double travail du palais et de la chambre de justice. » L’insinuation valait un ordre ; le premier président se le tint pour le dit, cessa de siéger à la chambre et quitta la place à Séguier.

L’affaire que le chancelier avait mission d’accélérer devait traîner deux longues années encore, avec des arrêts, des à-coups, des rebroussemens de voie, des enchevêtremens à déconcerter les plus fins chercheurs de piste. M. Lair est un patient et un habile ; il s’est donné le fil d’Ariane ; il est entré hardiment dans ce labyrinthe, il en a fouillé tous les coins et recoins, il en a pénétré tous les mystères, et il en est sorti avec une opinion solidement fondée. S’il nous est impossible de le suivre pas à pas dans son laborieux itinéraire, nous pouvons du moins en signaler les haltes principales.


VIII

L’étonnant spectacle, cette défense de Foucquet, opiniâtre et savante, pied à pied, avec retours offensifs, contre-attaques,