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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/842

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dernières années de sa vie à des vers religieux, et traduisait les sept psaumes de la pénitence, le Credo, le Pater, etc.


VI

On voit par ce qui précède que nous n’avions pas tort d’insister sur le caractère négatif des récentes recherches : le roman de Dante est détruit, et sa biographie n’est pas encore faite. Un très petit nombre de dates et de faits certains sont établis : sa généalogie, sa famille, sa naissance, peu de détails sur sa jeunesse, son priorat, son exil, ses deux condamnations, ses séjours à Paris, à Vérone et à Ravenne, sa mort. Les intervalles ne sont remplis que par des conjectures plus ou moins ingénieuses, mais qui conservent un caractère exclusivement hypothétique : ainsi, l’histoire de ses amours, de ses études, de ses premières armes, de son rôle politique, de ses voyages pendant l’exil, de son attitude pendant l’expédition d’Henri VII. En dernière analyse, on n’a guère devant soi que quelques faits matériels, plus ou moins dépourvus de signification, et l’on est obligé de repousser presque toutes les données qui jusqu’à présent avaient servi à appuyer la conception habituelle du caractère de Dante.

C’est précisément là, je crois, qu’est le vrai service rendu à l’histoire littéraire par les nouveaux critiques. La biographie de Dante, en effet, avait toujours été marquée au sceau des diverses époques qui l’avaient successivement refaite : Dante avait été un théologien teinté d’humanisme au XIVe siècle, un néo-platonicien au XVe, un homme d’État sceptique avec Machiavel, un simple puriste avec la Grusca, un dévot avec Biscioni, un carbonaro avec Rossetti. En dernier heu, avec ses divers biographes du commencement de notre siècle, il était devenu une figure à la lois très complexe et très simplifiée, dans laquelle se confondaient les traits divers qu’on lui avait prêtés jusque-là, un personnage universel que la théologie n’écartait pas plus de la politique que de la poésie, dans lequel s’incarnaient à la fois les plus anciennes aspirations à l’unité italienne et le patriotisme florentin le plus local qui fut jamais, le dévoûment le plus absolu à l’orthodoxie catholique et les besoins de réformes qui ne devaient prendre corps que deux siècles plus tard, un monarchisme systématisé et les premiers germes d’un socialisme naissant, que sais-je encore ? Toutes ces contradictions, grâce à la théorie de l’explication de « Dante par Dante, » découverte par Witte et développée par Giuliani, étaient venues se fondre en un personnage tout d’une pièce, qu’on s’ingéniait à représenter toujours pareil à