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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/816

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biographies de l’Alighieri, les faits certains, probables et douteux. Les douteux l’emportent sur les probables, qui à leur tour l’emportent sur les certains. Et les résultats sont négatifs. — Dans les pages qui vont suivre, nous voudrions à notre tour indiquer ces résultats, en nous aidant des travaux qui complotent ou discutent l’œuvre de M. Bartoli, parmi lesquels nous citerons entre autres le Dante neï tempi di Dante, de M. I. del Lungo, la Béatrix de M. d’Ancona, et de nombreux articles publiés dans divers recueils, entre autres dans une publication de fondation récente et entièrement consacrée à l’étude du poète : l’Alighieri. Nous laisserons de côté les points de détail, dont la discussion est d’un intérêt trop spécial, pour nous en tenir aux faits les plus importans.


I

A première vue, le résultat des recherches de la critique contemporaine sur le sujet qui nous occupe est décevant : ayant besoin de savoir, nous avons toujours peine à nous représenter une science négative, et des conclusions négatives ne nous semblent pas des conclusions. Pour comprendre la raison d’être d’une critique aussi radicale, il faut se rappeler la singulière façon dont s’est établie la biographie de Dante.

Les sources directes manquent absolument : un seul des contemporains de l’Alighieri, le chroniqueur florentin Jean Villani, nous a laissé sur lui quelques renseignemens qui, pour être très brefs, n’en sont pas beaucoup plus précis. Dans un chapitre de sa chronique (livre IX, chap. CXXXV), écrit à propos de la mort de Dante, il mentionne ses œuvres, les admire, lui reproche d’avoir été, à cause de son grand savoir, « un peu présomptueux, revêche et dédaigneux, » philosophe peu aimable qui ne savait pas bien converser avec les laïques. Les premières phrases seules du chapitre peuvent être de quelque secours aux biographes.

« Au mois de juillet de ladite année 1321, dit le chroniqueur, mourut dans la cité de Ravenne en Romagne, Dante Alighieri, en revenant d’ambassade de Venise, au service des seigneurs de Polenta avec lesquels il demeurait. Et il fut enseveli devant la porte de la grande église en poète et grand philosophe. Il mourut exilé par la commune de Florence à l’âge d’environ cinquante-six ans. Ce Dante fut un honorable ancien citoyen de Florence de la porte Saint-Pierre et notre voisin, et son exil de Florence fut causé par le fait que, quand Mgr Charles de Valois de la maison de France vint à Florence l’an 1301, il en chassa le parti blanc, comme on