Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/807

Cette page n’a pas encore été corrigée


j’avais remis cette importante négociation en bonnes mains et que je dois à son éloquence de n’être pas obligé d’entreprendre une besogne dont la réussite était fort incertaine [1]. »

Maurice chargea en effet le jeune comte d’aller porter à Versailles cette nouvelle, qui complétait une série de prodiges, non sans exprimer pourtant quelque regret que, même à ce prix, la garnison d’Axel eût obtenu sa liberté : — « Je vous envoie, écrivait-il, le petit comte de Broglie, qui a eu l’éloquence de persuader au commandant d’Axel de rendre la place et tout ce qui restait. Nous voilà quittes de ces gens-là jusqu’au revoir ; le procès est gagné. J’aurais bien voulu avoir les six bataillons ; ils me tiennent un peu au cœur. » — A Versailles, on était trop satisfait pour se montrer si difficile. — « M. de Broglie, écrivait le comte d’Argenson, est venu me dénicher à Neuilly, où je ne m’attendais pas à recevoir sitôt les nouvelles de la prise d’Axel et de son territoire. Il n’y a personne, à commencer par le roi, qui n’ait été saisi d’étonnement en apprenant cette nouvelle, et il ne faut pas avoir regret de voir échapper une garnison qui vous a cédé à si bon marché le pays qui était confié à ses soins. A l’égard de M. de Broglie, je le garderai jusqu’à ce que le roi m’ait donné des ordres sur les grâces que Sa Majesté jugera à propos de lui accorder [2]. »

« Il faut avouer, s’écriait le maréchal de Noailles, que nous avons affaire à des gens bien obligeans. » Et, ravi des succès de son ami, il se mettait lui-même en route pour la Flandre, sous prétexte de faire une tournée d’inspection, en réalité pour le féliciter lui-même et se placer, comme il le lui écrivait, à l’ombre de ses lauriers. — « Ce que je vois ici, s’écriait-il en arrivant, est incroyable à qui ne le vérifierait pas de ses propres yeux. » — Il était heureux de lui annoncer en même temps que le roi portait son traitement de maréchal-général à 30,000 francs par an, somme supérieure à celle qui avait été accordée à Turenne et à Villars, qui n’en avaient jamais reçu que 24,000 [3].

(1)

  1. Contades au comte d’Argenson, 17 mai 1747. (Ministère de la guerre.) — Le comte de Broglie dont il est ici question est le même qui fut, quelques années après, ambassadeur en Pologne et chargé de la mission confidentielle que j’ai racontée dans le Secret du roi. Né en 1719, il avait alors vingt-huit ans.
  2. Maurice de Saxe au comte d’Argenson, 17 mai. — Le comte d’Argenson à Maurice de Saie, 19 mai 1747. (Ministère de la guerre.) — Voici comment l’ambassadeur de Venise à Paris raconte cet incident : Le comte de Broglie, jeune homme plein d’esprit et de vivacité, est monté en bateau, accompagné seulement d’un tambour ; s’approchant de la forteresse, il a crié à haute voix qu’un officier de distinction voulait parler au gouverneur au nom du roi de France.
  3. Noailles à Maurice de Saxe et au comte d’Argenson, 11 avril-17 mai 1747. — — D’Argenson à Maurice, 27 mai 1747. (Ministère de la guerre.)