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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/688

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leur habitude, ils abandonnaient sur le terrain 50 cadavres. Leur armée ne tarda pas à se disloquer, à se disperser. Ahmadou était resté à Kolomé avec sa garde. Un de ses gendres et le plus fanatique de ses marabouts s’étaient fait tuer. Après le combat, il se fit, à ce qu’on raconte, une légère blessure au bras ; ce fut sa manière de tenir son serment, après quoi il reprit, mélancolique et sombre, le chemin de Nioro.

Mais si grave qu’ait été son échec, si grande que soit son humiliation, ce serait une erreur de croire que son prestige soit détruit. La plupart des provinces du Kaarta demandent à nous faire leur soumission, mais à son insu, en secret. Les noirs ont l’humeur flottante et des résolutions irrésolues ; selon le jour et l’heure, selon le vent qui souffle, ils se déprennent et l’instant d’après ils se laissent reprendre ; ils ne sont sensibles qu’aux effets, aux dangers, aux plaisirs immédiats ; ce sont des esprits sans horizon, sans lointains. Après les preuves de force que nous avons données, ils nous craignent, mais la crainte d’Ahmadou subsiste. Tel de leurs chefs, après s’être soumis au colonel Archinard, suivait un mois après les troupes du sultan, et nous écrit de nouveau pour implorer notre pardon. Quelques-uns nous envoient comme ambassadeurs des gens sans autorité, que, le cas échéant, ils pourront désavouer.

D’autres ne se soumettent qu’en tremblant. Le chef du Sero écrivait le 20 septembre : — « O commandant, le jour où vous recevrez cette lettre, hâtez-vous vers nous, car si le sultan apprenait que je vous écris, il nous traiterait comme vous l’avez traité. Avant deux mois, il rassemblera une nouvelle armée contre vous. O commandant, si vous ne vous hâtez pas vers nous avec une armée considérable, la lettre que nous vous envoyons va nous perdre. » D’autres encore, incertains si la fortune a dit son dernier mot, voudraient se réserver. Moro Sambala, chef du Fonsané, avait déclaré nettement qu’il ne se rallierait que quand Ahmadou serait écrasé. Mais, pour le moment, Ahmadou est loin, les Français sont très près. Moro Sambala a pesé ces raisons, il s’est ravisé, il a envoyé à Bafoulabé son frère et les chefs de ses villages pour se mettre à notre merci : — « Ils protestent de leur affection pour nous qui sommes bons, écrivait-on de Kayes, le 30 septembre. Ahmadou est cruel, et ils en ont peur. Ils consentent à payer l’amende, mais qu’Ahmadou rassemble une nouvelle armée, ils s’empresseront de protester de leur grand dévoûment pour les Toucouleurs, ils diront qu’ils ont eu peur des Français, que leur soumission n’était pas sincère, qu’Ahmadou sait bien qu’il est leur père, leur chef, et il les recevra en grâce après avoir fait tomber quelques têtes. Tel est le caractère des noirs de ce pays. Il ne changera pas de longtemps. »

Notre verge est moins pesante, nos châtimens sont plus doux, et