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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/685

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Madani avait fui devant les moustiques, abandonnant tout, les fameux coffres de son aïeul, qui renfermaient, à vrai dire, plus d’argent que d’or, sa mère, sa femme, son fils, le harem de son père, trésor de chair noire amassé dans les razzias, et où puisait le sultan quand il voulait récompenser le zèle de ses amis ou désarmer ses ennemis par un de ces présens qui ramènent les cœurs rebelles. « Nous nous attendions à une résistance désespérée, écrivait le colonel, et la prise de cette capitale, qui faisait toute la force des descendans d’El-Hadj, ne nous avait pas coûté un homme. En somme, l’expédition contre Ségou avait exigé surtout un travail considérable de préparation. Depuis un an je poursuivais cette œuvre aussi activement que je pouvais par la création du poste de Nyamina, par l’acheminement de vivres et de munitions, par la mise en état de nos voitures, qui nous ont permis de ne rien laisser derrière nous à la merci d’un coup de main. Des ponts avaient été établis, une route avait été pratiquée jusqu’à Farako, à quelques kilomètres de Ségou, pour permettre aux pièces de 95, attelées de six mulets, de suivre la colonne en faisant les mêmes étapes qu’elle. Une belle mission accomplie en plein hivernage par le lieutenant d’infanterie Marchand jusqu’à Farako, puis jusqu’en face de Ségou, qu’il aperçut de la rive gauche, avait eu pour effet de nous donner des renseignemens et de faire croire longtemps que notre marche était dirigée contre Farako même. La chute de Ségou, qui a eu un si grand retentissement chez les noirs, qui nous fait les maîtres incontestés de tout ce que nous occupions si péniblement, n’a coûté que de la fatigue pour la colonne expéditionnaire et du travail pour l’état-major. »

A Koniakary aussi, tout fut plus facile qu’on n’avait pensé, ce fut assez d’un engagement heureux pour que la garnison renonçât à défendre la forteresse. Mais, dans l’intervalle, à Ouossébougou, on avait rencontré une résistance acharnée et tenace qu’on ne prévoyait pas. C’est la seule partie risquée qu’ait jouée le colonel dans sa campagne, la seule aventure qu’il ait courue. On avait fait cette pointe pour donner satisfaction aux Bambaras. Quelque joie qu’ils eussent ressentie de la chute de Ségou, la prise de ce poste avancé des Toucouleurs les intéressait davantage ; leurs chefs répétaient sans cesse : « Nous ne croirons à l’amitié des Français que quand ils auront cassé Ouossébougou. » Malheureusement, on n’y pouvait arriver qu’en traversant un pays où l’eau est rare, et si on eût été en nombre, on eût risqué de mourir de soif. C’était peu, le colonel Archinard en convient lui-même, qu’une colonne de 27 Européens et de 265 indigènes de troupe régulière pour aller attaquer une pareille position. Il est vrai qu’on avait avec soi de nombreux auxiliaires ; mais si courageux que soient les Bambaras, ils aiment mieux se réserver pour la poursuite des fuyards et laisser les autres monter à l’assaut.