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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/679

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Il y a quelques années encore, la politique coloniale, tombée dans un profond discrédit, n’éveillait dans notre esprit que des idées fâcheuses ou funestes ; le nom seul nous en était odieux. Inquiets sur notre avenir et soupçonnant nos voisins de tramer toujours quelque chose contre nous, toute entreprise qui aurait pu distraire la moindre parcelle de notre force défensive pour nous procurer le luxe des établissemens lointains, nous paraissait une pure folie. Aujourd’hui, plus sûrs de nous-mêmes, nous nous sommes ravisés, et voyant toutes les puissances étrangères disposées à se partager les îles et les continens, l’appétit nous est venu. Non-seulement, nous entendons garder ce que nous avons, nous ne demandons pas mieux que d’accroître nos domaines. Mais si le véritable amour se prouve par la disposition aux sacrifices, le nôtre est encore faible et prompt à se refroidir.

Nous désirons que nos agrandissemens ne nous engagent dans aucune affaire désagréable, ne nous fassent courir aucune aventure, et nous nous défions de nos officiers et de nos marins. Nous les soupçonnons d’aimer trop l’odeur de la poudre, de préférer aux dénoûmens pacifiques les difficultés qui se tranchent par l’épée, et nous leur dirions volontiers : « Surtout, ne nous faites pas d’affaires. » Il est certain que les officiers en quête d’aventures sont fort dangereux. Mais il