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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/661

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mais reconnaissons qu’ils ne se sont séparés qu’après avoir sanctionné ou ébauché des réformes dont la seule annonce les eût plongés dans la stupeur à l’ouverture des chambres, au mois de mai. La session a été close le 18 octobre.

Le lendemain, sur l’invitation de l’Union civique de la jeunesse, qui a conservé une organisation indépendante à côté de sa grande sœur, se réunissait à Buenos-Ayres un meeting monstre pour demander que l’on intentât des poursuites contre les prévaricateurs. Le même jour, les rues des principales villes de l’intérieur étaient le théâtre de manifestations dans le même sens. L’adresse que la foule réunie sur la place Victoria a décidé par acclamation de faire parvenir au président porte « qu’on verrait avec satisfaction le pouvoir exécutif étendre à toutes les branches du gouvernement les mesures administratives et judiciaires qui ont été adoptées dans quelques-uns des services, afin de rechercher les délits commis contre la fortune publique et d’en obtenir la répression légale. »

Cet hommage rendu à la fermeté du docteur Lopez ne va pas sans un blâme voilé à certains de ses collègues. Malgré les protestations répétées du général Roca, l’Union civique ne perd pas une occasion de lui faire sentir qu’elle se défie de lui. Quant au docteur Juarez, directement visé dans cette adresse, il semble vraiment qu’il ait à cœur de fortifier cette opinion, qu’on aurait tort de le laisser jouir paisiblement de sa fortune. La veille même du meeting, on annonçait que le gouvernement était sur la trace d’un complot panaliste qui devait éclater au cri de : « Vive l’Union civique ! » Ce qui doit rassurer, c’est le calme ironique avec lequel fut accueillie la révélation de ces projets. Le gouvernement du docteur Juarez est bien mort.

Que fait cependant l’Union civique ? Après avoir été à la peine, elle a mis une fière réserve à ne pas être à l’honneur, à ne pas avoir de participation directe au gouvernement. Elle se contente d’étendre son organisation à tout le territoire et de maintenir en éveil les forces vives de l’opinion. Il n’est ville ni village qui n’ait son club civique. Pour régler les manœuvres d’ensemble d’une aussi vaste agglomération d’adhérens, elle se donne une sorte de charte élaborée par son secrétaire-général, le docteur don Emilio Gouchon, un des plus fervens ouvriers de la première heure de l’Union civique de la jeunesse. Cette charte est faite sur le modèle de celles qui règlent la discipline des grands partis des États-Unis. Pourtant l’Union civique, et c’est sa force, n’est pas un parti proprement dit. Elle est une alliance transitoire de bonnes volontés pour relever l’esprit public de son affaissement, la morale politique de ses hontes. Elle codera sans doute la place aux partis traditionnels quand elle aura réussi à créer un gouvernement impartial et respecté. Tel est