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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/639

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coup de fouet à la production industrielle. C’était un plan discutable, mais qui, appliqué avec loyauté et méthode, eût pu être bienfaisant. Seulement, à mesure que M. Varela vendait de l’or, le papier qu’il recevait en échange et laissait déposé à la Banque, passait tout entier en prêts politiques. Il était trahi par ses propres lieutenans. Quand il fit une enquête, il n’avait plus en main ni or ni papier. Il donna sa démission, et M. Pacheco rentra triomphalement aux finances. La Banque nationale était ruinée, le pays en détresse, mais on avait eu la joie de volatiliser les réserves qui restaient, et une intrigue de palais avait réussi.

On a maintenant une idée de la ruine progressive où s’enlisait la République Argentine. Elle était d’autant plus irréparable que le commerce et l’industrie tombaient dans un découragement profond et ne pouvaient plus réparer par le travail les brèches faites par le gaspillage et le vol à la fortune publique. Toutes les conditions de la circulation et du crédit étaient bouleversées. Le prix élevé de l’or mettait le commerce d’importation aux abois, l’insécurité du lendemain paralysait les transactions intérieures. En faisant des émissions à tour de bras, on avait, comme il arrive toujours, produit sur la place la raréfaction du papier-monnaie. Les banques particulières en étaient bondées, mais n’osaient pas escompter. Quant aux banques officielles, elles avaient des motifs de force majeure de ne pas venir en aide aux négocians. La vie enchérissait, le travail cessait, pour la première fois ce riche pays connaissait les angoisses de la misère. Tout le monde sentait qu’il fallait en finir, personne n’en voyait les moyens.


>II

Ce fut la jeunesse qui marcha de l’avant et donna le bon exemple. Le 1er septembre 1889, un groupe d’étudians et de docteurs frais émoulus de l’université provoqua la réunion d’un grand meeting. La tâche à laquelle étaient conviés ceux qui voudraient y prendre part, était-il dit dans la lettre d’invitation, serait de « réveiller l’esprit public, d’assurer la liberté du vote, de protester contre les fraudes électorales et d’en poursuivre le châtiment, de faire renaître la probité dans toutes les branches de l’administration, de tendre à assurer aux provinces l’exercice de leur autonomie, aux villes les bienfaits du régime municipal, aux citoyens la jouissance de tous leurs droits par le viril accomplissement de tous leurs devoirs. »

Le succès fut immense. Une foule énorme envahit le lieu de la réunion et encombra les rues avoisinantes. Les discours prononcés