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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/577

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Le jour où il nomme le conseil de guerre, il se fait lire cette pièce. Il ordonne d’effacer le titre d’altesse partout où il est donné au prince. Il se plaint de la rédaction et commande « sérieusement » à Mylius de faire ressortir plus fortement que « Sa Majesté n’a pas sans cause fait ce qu’elle a fait… autrement, pour dix qui donneraient raison au roi, il y en aurait dix qui donneraient raison au prince. » Il veut que ce document soit, non pas un simple extrait, mais un manifeste très détaillé, « afin que les gens ne croient pas que le roi a refusé du pain à son fils, et que le prince a été contraint par la nécessité à faire ce qu’il a fait, tandis que le roi a eu ses motifs pour ne rien laisser à la disposition du prince au-delà de ses besoins. » Si je ne me trompe, il trahit par ces paroles une sorte d’inquiétude d’être condamné par le public ; il était presque résigné à se contenter de prouver qu’il avait eu de bonnes raisons d’être sévère.

Ceux qui observent de près Frédéric-Guillaume dans ces dernières journées, pensent qu’il en est arrivé à ne plus savoir ce qu’il veut. Il me paraît bien qu’il ne pensait plus ni à une condamnation capitale, ni même à la renonciation de Frédéric à la couronne paternelle.


III

Pendant deux jours, les 25 et 26 octobre, le conseil de guerre entendit la lecture des actes de l’instruction. Le 27, les capitaines, les majors, les lieutenans-colonels, les colonels, les généraux-majors délibérèrent séparément leur vote.

En ce qui concerne Keith, les juges sont unanimes. Keith a quitté honteusement son drapeau et déserté : il sera donc cité trois fois par l’appel du tambour. S’il ne comparaît pas, son épée sera brisée et son effigie pendue au gibet.

En ce qui concerne Ingersleben et Spaen, ils ne s’accordent pas sur le degré de la peine, mais concluent à une peine légère.

En ce qui concerne le lieutenant Katte, les capitaines, attendu que la première proposition de fuite a été faite au dit lieutenant par son altesse, mais que le prince ne serait pas allé aussi loin dans son projet si Katte ne l’y avait confirmé, s’il ne lui avait fait différentes propositions, procuré la route de poste, offert de s’habiller en postillon, afin de pouvoir s’enfuir avec lui, et commandé enfin un habit gris à galons d’argent ; attendu que Katte a reconnu lui-même qu’il aurait suivi le prince, si celui-ci était sorti du pays ; qu’au lieu de révéler le dessein au colonel Rochow, comme c’était