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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/567

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son maître, il avait recouvert de papier les galons d’argent d’un habit gris fait pour le prince.

Sur cet aveu et cette déclaration, l’instruction conclut, en ce qui concernait Katte, que, jusqu’au dernier moment, il avait voulu déserter.

L’instruction se poursuivait en même temps contre le principal accusé. Le roi avait décidé que son fils serait conduit non plus à Spandau, mais à Cüstrin. Il ordonna qu’il fût interrogé avant d’arriver à cette forteresse, à Mittenwalde, par une commission composée des généraux Grumbkow et Glasenapp, du colonel von Sydow, des auditeurs Mylius et Gerbett. A en croire les bruits qui coururent, il fut très insolent. Il aurait refusé à Grumbkow, qu’il considérait comme son ennemi personnel, de lui remettre son épée, ajoutant qu’il la pouvait aller prendre dans la chambre à côté, sur une table. Il se serait amusé à faire sa déposition avec une telle vitesse de paroles, que la plume de Grumbkow ne pouvait le suivre. A la question : pourquoi il avait voulu s’évader ? il aurait répondu : « Vous devez le savoir mieux que personne, et être plus capable d’en rendre raison à votre maître. » A une objection de Grumbkow sur une de ses réponses, il aurait répliqué : « Écrivez donc, puisque vous n’êtes pas ici pour autre chose. » Ce sont là des propos inventés, car Grumbkow ne conduisait pas l’interrogatoire, mais il est certain que le prince se montra très « railleur et très gai, lustig und fröhlich, » et qu’il voulut avoir l’air de diriger les débats. Il fit inscrire au protocole qu’il avait tout dit, sans réticences et sans attendre les questions. Il avait en effet demandé plusieurs fois aux commissaires : « Est-ce tout ? Voulez-vous encore savoir quelque chose ? » Il ne daigna pas implorer pour lui grâce ni clémence, mais il intercéda pour Katte, disant que le malheureux avait été séduit par lui.

Deux jours après, le prince était écroué à la forteresse de Cüstrin. Le général von Lepell, gouverneur de la place, avait reçu les ordres du roi : « Tenez-vous bien en garde, car il est très rusé, et il aura cent inventions pour se tirer de là. »

Ce fut la prison, dans toute son horreur. Tenu au secret, dans une absolue solitude, le prince s’ennuyait. Il essaya d’une « invention, » et demanda la permission de communier. Il n’en avait certainement pas la moindre envie et voulait seulement se distraire, en même temps que flatter le roi. Le roi répondit : « Il n’est pas encore temps ; il faut d’abord que le conseil de guerre ait fini : après, il sera temps. » Ces mots avaient peut-être un sous-entendu terrible. Le roi commande ensuite qu’il ne soit laissé au prisonnier ni plume ni encre ; le prince ne sortira jamais de la chambre : un laquais lui apportera son dîner et son souper ; le dîner coûtera six