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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/561

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attendait le roi de Prusse. Le prince, qui avait des cartes, et s’informait, comme par curiosité, des étapes, croyait que l’on coucherait à Sinsheim, et c’est de là qu’il avait résolu de s’évader. Mais, par hasard, le roi voulut s’arrêter à Steinsfurth, où le coucher fut organisé dans des granges : le prince était logé en face du roi. « Nous ne sommes plus loin de Mannheim, dit le roi en se couchant. En partant d’ici à cinq heures, nous aurons mille fois le temps d’arriver. » Le prince, qui avait donné ses ordres à Keith, pensait qu’il serait déjà loin à cette heure-là.

A deux heures et demie, il s’habillait. Son valet de chambre, Gummersbach, homme de confiance de Rochow, s’étonne. Le prince lui dit : — « Mais je veux me lever. Qu’est-ce que cela te regarde ? » — Il met le manteau rouge. Gummersbach fait des observations : — « Je veux le mettre, » réplique le prince, qui ajoute qu’il va chez le roi, et sort, malgré que le valet lui dise : — « Le roi ne se fera éveiller que pour le départ à cinq heures. » — Il se tient alors devant la grange, mais Gummersbach envoie un chasseur appeler le colonel. Rochow, qui s’est couché tout habillé, arrive à la minute ; il trouve le prince près de sa voiture, attendant : — « Bonjour, Votre Altesse ! » — Le prince rend le bonjour, quitte la voiture et rentre dans la grange. Rochow se promène devant la porte avec Gummersbach. A trois heures, Keith, qui est en retard, arrive avec des chevaux : — a Voyez donc, dit Gummersbach au colonel, ce que c’est que ces chevaux-là. Je garderai le prince. » — Rochow va vers Keith, lui souhaite le bonjour, et lui demande ce qu’il veut faire avec ces chevaux : — « Ce sont, répond Keith, les chevaux des pages. » — « Allez-vous-en au diable avec vos chevaux ! » s’écrie le colonel. — Le général Buddenbrock et le colonel Waldow [1], avertis aussi, sont venus rejoindre Rochow. Seckendorf, qui ne devait dormir que d’un œil, apparaît dans la rue. Le prince était ressorti, et le jour éclairait son manteau rouge : — « Excellence, dit Rochow à l’Autrichien, comment trouvez-vous l’accoutrement de Son Altesse ? » — Le prince ôte son manteau, et, de désespoir, entre chez son père, qui n’était pas encore levé. — « Votre voiture, lui dit le roi, est plus lourde que la mienne. Vous irez devant ; autrement, vous arriveriez en retard. » — Le prince sort pendant que son père s’habille, va boire son thé, traîne autant qu’il peut, si bien que le roi, qui le croit en route déjà, part avant lui. Arrivé à Heidelberg, il est étonné de ne pas trouver le prince : — « Où est mon fils ? Il doit marcher terriblement vite. Ils ne seront pourtant pas assez fous pour entrer à Mannheim

  1. Le roi avait chargé ses officiers de surveiller le prince. Buddenbrock et Waldow devaient toujours être dans la voiture du prince avec Rochow.