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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/560

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rupture des mariages [1]. Le roi demeura deux jours chez Seckendorf, qu’il emmena avec lui, le 18 au matin. Le 21, il arrivait chez son gendre, le margrave d’Anspach, pour y demeurer toute une semaine. Le 23, à minuit, une lettre de Katte était apportée au prince par le cousin, le Rittmeister, Mauvaise nouvelle : la permission du voyage a été refusée au lieutenant. Le prince brûle la lettre et répond à Katte de se tenir tranquille jusqu’à ce qu’il ait reçu de nouveaux ordres. Mais il veut s’assurer un autre complice, et tout de suite propose l’affaire au Rittmeister ; mais celui-ci se récuse, et même il avertit le colonel Rochow, sans lui rien révéler d’ailleurs, de ne pas perdre de vue un moment « son haut subordonné. » A qui donc s’adresser ? Parmi les pages du roi se trouve un frère cadet de Keith, l’ami qui est à Wesel. Le prince s’ouvre à lui, lui glisse des billets dans la main, et l’entretient à la dérobée : « Est-ce qu’on peut trouver partout des chevaux ? — En quelques endroits il en reste ; en d’autres, non. — Est-ce que tu es toujours obligé de rester auprès de la voiture du roi ? Peux-tu être une demi-heure en arrière ou en avant ? — Je dois toujours rester près de la voiture, car le roi, lorsqu’il descend, demande après tous ceux qui appartiennent à la voiture. — Commande-moi des chevaux. — Où Son Altesse veut-elle aller ? — Où crois-tu que j’irai ? — Je n’en sais rien. — Si une fois je m’en vais, je ne reviendrai plus. »

Se croyant assuré d’un compagnon, Frédéric écrit à Katte, le 29 juillet, qu’il a encore été maltraité pour avoir laissé tomber un couteau. Il lui commande d’aller à La Haye et d’y chercher le comte d’Alberville, un nom de roman, sous lequel il se cachera. Dans cette lettre en était incluse une autre, que Katte devait laisser pour qu’elle lût lue ; le prince y déduisait, dans une sorte de manifeste, les raisons de sa fuite. Au même moment, il écrivait à Keith de quitter Wesel et de se rendre en Hollande.

D’Anspach, le roi prit la route du Wurtemberg. La cour ducale l’attendait à Ludwigsbourg. Arrivé là, Frédéric, qui se parait pour la fuite comme pour une aventure d’amour, se fait faire un manteau rouge. Quelques jours avant, il avait commandé à Keith de s’acheter un manteau bleu. Le 4 août, au matin, en quittant Ludwigsbourg, il met son beau manteau neuf : « Voilà, lui dit Rochow, un vêtement qui ne plaira pas au roi. « Il répond qu’il a mis le manteau à cause du froid (qui n’expliquait pas la couleur), et il le retire. L’heure marquée par lui approchait. Ce même jour, près de Heilbronn, le cortège des voitures quittait la vallée du Neckar et prenait la direction de Mannheim, où l’électeur palatin

  1. La négociation avait été rompue avant le départ pour Anspach.