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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/535

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même « pour la grande obligation que le roy lui avoit. » Être déchargé de toutes dettes, et de cette iniquité flagrante en charger du même coup le parlement, quelle satisfaction pour le ministre, quel succès ! Furieux de la bévue qu’il venait de commettre, le parlement se jeta de rage dans la Fronde. Autre faute, ajoutée à la première et qui ne la réparait pas.

Foucquet arrivait aux finances avec des idées sages. « La vérité, selon lui, c’est que cette conduite n’étoit pas bonne, qu’on avoit tenue jusqu’alors. Le meilleur moyen étoit d’en prendre une tout opposée : ne manquer jamais de parole, pour quelque intérêt que ce fût, mais ramener les personnes à la raison par douceur et de leur consentement ; ne menacer jamais de banqueroute et ne parler de celle de 1648 qu’avec horreur, pour la détester comme la cause des désordres de l’État, afin qu’il ne pût tomber en la pensée qu’on fut capable d’en faire une seconde ; ne toucher jamais aux rentes ni aux gages et n’en pas laisser prendre le soupçon, afin que la tranquillité et l’affection, qui est une autre source de crédit, ne fût jamais altérée ; ne point tant parler de taxes sur les gens d’affaires, les flatter, et, au lieu, de leur disputer des intérêts et profits légitimes, leur faire des gratifications et des indemnités de bonne foy, quand ils avoient secouru à propos. Le principal secret, en un mot, étoit de leur donner à gagner, estant la seule raison qui fait que l’on veut bien courir quelque risque. Mais surtout s’établir la réputation d’une sûreté de parole si inviolable qu’on ne croye pas mesme courre aucun danger. »

Suivant l’expression d’un vieux livre du temps, l’épargne, c’est-à-dire le trésor royal, était « comme la mer dans laquelle, ainsi que ruisseaux et rivières, se viennent rendre toutes les receptes, tant générales que particulières ; » mais à cette comparaison trop flatteuse il convient d’ajouter tout de suite, avec M. Lair, « qu’un notable volume de ce flot d’argent se perdait dans les sables de ces recettes. » Des revenus publics, les uns, comme l’impôt direct, mais non général, puisqu’il ne frappait, sous les noms de taille et de capitation, que les contribuables roturiers et les terres en roture, devaient être perçus directement par des receveurs et collecteurs auxquels était allouée une remise de 6 deniers par livre, soit 2 1/2 pour 100 ; les autres, les revenus indirects, les aides, les gabelles, les octrois, les douanes, étaient affermés à des particuliers qui s’engageaient envers l’État par des traités, — d’où le nom de traitans, — à lui avancer le produit présumé de ces impôts dont ils se chargeaient de faire la perception à leurs risques et périls ; c’était tant pis pour eux si les recouvremens n’atteignaient pas le chiffre de leurs traités ; c’était tant mieux s’ils s’élevaient au-dessus ; mais ces spéculateurs habiles savaient bien