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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/231

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 octobre.

On ne peut certes pas dire que cette session qui vient de s’ouvrir en France, et qui n’a d’extraordinaire que le nom, ait fait pour son début un bien grand bruit, que ce réveil de vie parlementaire ait été accompagné de scènes particulièrement émouvantes. Tout s’est passé le plus paisiblement du monde au Palais-Bourbon comme au Luxembourg, sans incidens sérieux, sans agitation, sans qu’on y ait pris garde. Le sénat s’est réuni pour se réunir, en attendant d’avoir à s’occuper utilement. La chambre a commencé par se débarrasser, sans trop de façons, allègrement, des motions tapageuses, des propositions chimériques, des interpellations de fantaisie. Tout a été expédié en quelques heures, avec l’intention évidente d’écarter des discussions inutiles. C’était assurément ce qu’il y avait de mieux. On ne peut pas dire non plus, il est vrai, malgré ces apparences placides, que la situation soit bien changée. La vérité est au contraire que rien n’est changé, que les partis, après ces quelques mois de trêve, ont tout l’air de revenir avec leurs arrière-pensées, leurs préjugés et leurs défiances, qu’il n’en faudrait probablement pas beaucoup pour raviver des passions mal apaisées, et que si on se retient, c’est qu’on est encore sous l’influence calmante d’une opinion assez générale ; c’est qu’on sent que le pays, indifférent aux vaines polémiques de tous les jours, ne demande à ceux qui le gouvernent et le représentent que de s’occuper tout simplement de ses affaires, de ses intérêts, de ses finances, de son budget. C’est peut-être tout le secret de cette paix parlementaire du moment, qui reste assez précaire, quoiqu’elle pût devenir plus sérieuse, si on voulait se décider à en accepter les conditions.

Eh bien, soit ! par une sorte d’hommage rendu aux vœux évidens du pays ou par une tactique, une nécessité de circonstance, on a