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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/97

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vitrines, des bustes romains. La venus de Cherchell, décapitée ; mutilée, aux seins meurtris, mais belle encore d’une beauté que les outrages du temps n’ont pu détruire ; Diane chasseresse, reproduction d’une statue d’onyx blanc et rose, réveillent le souvenir d’un art immortel. Celle d’un prêtre, debout devant l’autel, évoque le masque hiératique et les formes rigides des sculptures égyptiennes. Les débris des civilisations superposées surgissent de ce sol où la charrue du colon, la pelle des manœuvres, les fouilles des explorateurs, ramènent au jour des vestiges enfouis depuis des siècles.

Sur les murs, l’œil suit la configuration des côtes méditerranéennes, le tracé des voies de communication, routes et chemins de fer, le relief du sol, les diagrammes de la population, du commerce, de la température et du nombre d’hectares mis en culture. Cartes utiles, instructives, qui en apprennent plus en quelques minutes que le livre le mieux fait. Les notions exactes pénètrent par les yeux dans la mémoire, fixant et éclairant les souvenirs, précisant les distances entre les localités, images parlantes que la masse comprend et s’assimile sans effort. Et, à cet égard, on ne saurait trop louer les intelligens efforts faits pour vulgariser les connaissances géographiques. Presque partout, dans la plupart des pavillons étrangers, on s’est ingénié à rendre facile, à mettre à la portée de tous cette science que l’on nous reproche d’ignorer. Il n’y a pas vingt ans encore, les procédés routiniers de renseignement public la réduisaient à une nomenclature aride et sèche, surchargeant la mémoire et ne parlant pas plus à l’esprit qu’à l’imagination. L’heureuse initiative de quelques novateurs l’a renouvelée. En projetant, sur l’étude de la géographie, la vive lumière de l’histoire, les ont montré combien la connaissance de l’une était indispensable à l’intelligence de l’autre, comment la civilisation s’infiltrait dans les terres par les fleuves, combien le relief du sol avait d’influence sur la marche de cette civilisation, par quelles routes naturelles, par quelles larges vallées les grandes migrations avaient invariablement passé, dans quelles plaines elles avaient débouché et s’étaient fatalement entre-choquées, pourquoi les siècles voyaient toujours se vider, sur les mêmes champs de bataille, les conflits des peuples.

Puis, dans un autre ordre d’idées, s’adressant à ceux que préoccupent surtout les intérêts commerciaux et industriels, ils ont fait toucher du doigt l’indispensable nécessité de se rendre compte de la facilité des moyens de transport, de la climatologie des régions lointaines, de leurs produits et de leurs procédés de culture, du prix de la main-d’œuvre et du prix de revient, du chiffre de la