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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/952

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de la Haute-Cour, était devenu inéligible, il devait donc être invalidé comme l’a été M. Dillon à Lorient ; mais il n’en résultait pas que le candidat d’une minorité pût être reconnu comme le vrai représentant d’une circonscription. C’est la loi, dit-on, c’est la suite de la loi sur les candidatures multiples et sur les déclarations préalables ! La déclaration de M. Boulanger était illégale, elle ne pouvait être acceptée, et les voix qu’il a obtenues ne comptent pas ! C’est possible ; malheureusement cette loi bâclée, expédiée sans examen, sans discussion, au dernier jour de la session de juillet, est si peu claire qu’on ne s’entend même pas sur ce qu’elle veut dire, et d’après les explications qui ont été données, il s’ensuivrait qu’un préfet serait seul maître du camp, que seul, en acceptant ou en refusant une déclaration, il disposerait d’un scrutin. Et voilà comment l’arbitraire se glisse partout, sous toutes les formes, dans cette vérification de pouvoirs qui devrait rester la plus simple des opérations !

Si l’on veut en finir avec ce fantôme de césarisme démagogique qui s’est appelé le général Boulanger, ce n’est pas avec les subterfuges d’une légalité douteuse ou des expédiens équivoques, ni même avec M. Joffrin, pas plus qu’avec les obstinations d’une politique épuisée, ce n’est pas avec tout cela qu’on aura raison d’une malfaisante influence. On n’en finira que par une politique plus haute et plus libérale, qui ait le courage de reconnaître la vérité, qui ne craigne pas d’avouer des fautes, qui sache se prêter à toutes les transactions utiles, et c’est là justement que les républicains, radicaux ou opportunistes, prouvent qu’ils n’ont rien appris ni rien oublié. Il y a des républicains qui n’ont positivement rien vu dans les élections. Ils se font une telle idée des conditions d’un gouvernement libéral, des intérêts de la république, qu’ils semblent n’avoir d’autre crainte que d’être dérangés dans leur domination, d’avoir à compter avec une minorité puissante qui est la moitié du pays. Ils n’ont d’autre préoccupation que d’éloigner les conservateurs, de surveiller et d’intimider les républicains modérés qui seraient disposés à des alliances suspectes. Ces bons apôtres sont pleins de libéralité. Ils ont les clés de la république, ils sont chargés de garder les portes : on n’entrera qu’à certaines conditions qu’ils daignent fixer. Il faudra que les néophytes se soumettent à des épreuves, qu’ils offrent des « garanties, » des « gages suffisans ; » on leur imposera une pénitence, un u stage nécessaire ! » Jusque-là les portes resteront fermées. Les conservateurs qui représentent trois millions de Français sont l’ennemi ; les républicains modérés qui seraient tentés de traiter avec eux, de s’entendre avec des conservateurs constitutionnels comme M. Piou ou M. Hély d’Oissel, sont des « transfuges. » Ils sont plaisans en vérité ! Ils parlent comme s’ils avaient le droit de faire la loi, d’imposer des conditions. Ils n’ont aucun droit ; on n’a pas besoin de leur permission pour entrer dans une république ouverte à toutes les