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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/95

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comparant le catalogue des objets exposés alors à celui d’aujourd’hui. A elle seule, l’exposition vinicole est une révélation de ce que peut donner, sur ce sol ensoleillé, une culture intelligente. C’est par millions de francs que l’exportation des vins d’Algérie s’accroît chaque année. En déclarant, en 1878, que ces vins pouvaient, comme qualité, entrer en ligne avec ceux que donnent nos climats tempérés, le jury de dégustation a accéléré l’impulsion donnée à l’industrie vinicole de l’Algérie par les ravages incessans du phylloxéra en Europe. Il indiquait aux propriétaires algériens le moyen de relever le revenu de leurs terres, dont l’augmentation n’avait pas suivi celle du capital ; il indiquait aux cultivateurs une source nouvelle de profits.

Ils en ont pris bonne note, et nous en voyons les résultats. De 338,220 hectolitres en 1878, la production s’est élevée à 2,761,178 hectolitres en 1888, et les qualités s’améliorent. Plus lent et plus difficile à obtenir, ce second résultat s’acquiert ; l’expérience achève l’œuvre entreprise, et, aux inévitables tâtonnemens du début, substitue des méthodes scientifiques et sûres. Elles faisaient défaut au début. Les procédés usités dans nos régions n’étaient pas de mise ici, et les viticulteurs de nos départemens du midi, déroutés par la douceur de l’hiver, par l’action différente des vents du nord, humides en Algérie, socs en Franco, par la fermentation plus active des cuvées, voyaient souvent leurs produits altérés donner un démenti à leurs traditionnels erremens. La création d’instituts agronomiques où l’on enseignera, avec les meilleures méthodes à employer les modes de culture les plus économiques, fera franchir une étape nouvelle à une industrie qui s’annonce si bien.

Principale richesse de l’Algérie, l’agriculture y dispose de trois zones distinctes : le Tell, les Hauts-Plateaux et le Sahara. Ce n’était pas sans raison que le géographe Scylax exaltait la fécondité merveilleuse du Byzacium, et que les Argiens donnaient à Cérès le surnom de Libyque. Le blé, l’orge, l’avoine, le seigle, le maïs, le sorgho, prospèrent encore aujourd’hui sur ce sol d’où Rome tirait ses céréales les plus estimées et ses meilleurs blés durs.

Devant ces échantillons de ramie que nous expose l’Algérie, on se demande quel est l’avenir de ce textile nouveau. Depuis des années que la question est à l’étude et que l’on nous montre des produits manufacturés qui ne laissent rien à désirer comme qualité, sinon comme prix, la question ne semble pas avoir franchi le pas décisif de la fabrication en grand. L’obstacle paraît être dans les procédés de décortication. Les résultats constatés l’année dernière par M. Imbs, professeur au Conservatoire des arts et métiers, quant aux procédés mécaniques et chimiques à employer