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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/93

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des ports rares et d’accès difficile, des côtes basses et inhospitalières.

Le monde ancien, dans ses tentatives de conquête et de colonisation africaine, s’était vu la route fermée à l’est par le désert de Libye, par son vaste bassin déprimé, sillonné de mouvantes dunes de sable ; puis, à l’ouest, par le Sahara, barrière infranchissable, étant donnés les moyens d’action dont il disposait. On ne savait pas alors que, dans ce désert de plus de 6 millions de kilomètres carrés qui séparait le monde européen de l’Afrique véritable, du pays des noirs, de grandes villes, comme Agadès, avaient dû contenir autrefois des populations de 100,000 âmes ; on ne soupçonnait pas que, sur ce sol désolé, les fleuves eussent autrefois serpenté au travers des hautes forêts et des épais pâturages, et qu’un assèchement graduel eût fait disparaître toute trace de végétation, convertissant on sable cette terre jaune ailleurs si appréciée pour sa fécondité. Moins encore soupçonnait-on, au-delà de cette région stérile, l’existence des forêts de l’Afrique centrale ; puis, plus loin encore, la région des grands lacs, des riches plaines, que nous ont révélées Livingstone, Burton, Speke, Grant, de Brazza et Stanley, les plantureuses contrées de l’Ounyamouézi, qui, du Fleuve-Blanc au Zambèze, largement arrosées, sont habitées par un peuple nombreux, riche en troupeaux ; non plus que l’existence de ces larges vallées, aux crêtes couronnées, de palmiers, aux ruisseaux limpides, aux champs de maïs, de sorgho et de millet, pays abondant en bétail, en laitage et en miel, paradis des chasseurs où affluent les éléphans, les antilopes, les zèbres et les girafes gîtes dans les bois, à la fois jungles et futaies. Quand la pesante main de Rome s’abattit sur ce continent, quand, pour la première fois, elle se heurta, en Sicile, à l’Afrique commerçante, à l’empire carthaginois, qu’elle devait anéantir après une rivalité de cent dix-huit années ; puis, à Actium, à l’Afrique guerrière, aux flottes d’Antoine et de Cléopâtre, et qu’elle fit de l’Egypte une province romaine, le grenier de l’empire pendant six siècles, Rome ne put ni pousser plus avant sa conquête, ni, plus tard, la disputer à l’islamisme triomphant qui s’étendit sur la côte et onze siècles la garda, menaçant l’Europe. Le 5 juillet 1830, la France renversa la muraille barbaresque qui, à doux cents lieues de ses rivages, barrait le chemin à la civilisation européenne. D’Alger, nid de pirates et citadelle d’écumeurs de mer, elle fit la capitale de son empire africain, et, sur la Méditerranée affranchie, déploya son drapeau libérateur.

Dès 1652, le Hollandais Van Riebeck, abordant l’Afrique à son extrémité méridionale, avait fondé la ville du Gap, que l’Angleterre s’appropriait en 1795 et gardait en 1815. Entamée à ses deux