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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/902

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appelons aujourd’hui l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Toute l’instruction se donnait à l’université : l’instruction préparatoire, latin, grec, rhétorique, philosophie et élémens des sciences, à la faculté des arts ; l’instruction professionnelle, théologie, droit et médecine, aux facultés de théologie, de droit et de médecine. Cristallisées dans cette forme depuis des siècles, il n’y avait en elles aucune place pour un haut enseignement des lettres et des sciences, encore moins pour les recherches savantes. Aussi toute la science du XVIIIe siècle fut-elle faite en dehors d’elles, souvent en dépit d’elles. Ce fut la principale raison de leur décadence et plus tard de leur suppression. Sans doute, avec la Révolution, elles auraient été atteintes, comme le furent toutes les institutions de l’ancien régime, dans leur constitution et dans leurs privilèges ; mais peut-être n’auraient-elles pas disparu, sans leur torpeur scientifique et sans leur antagonisme à l’esprit de la science, où le nouvel esprit public ne devait pas tarder à voir un dissentiment irréductible avec le nouvel état politique et social. Toujours est-il que loin de songer à supprimer l’enseignement supérieur, la Révolution eut, au contraire, une vue nette de ce qu’il doit être, et qu’elle en donna une définition qui n’a été dépassée en aucun pays, et qui, chez nous, est encore loin d’être épuisée. Ce sont des utopies, sans doute, si l’on songe aux ressources alors disponibles, que les plans de Talleyrand et de Condorcet sur l’instruction publique ; mais ces utopies sont en même temps un idéal, et c’est bien l’idéal de la Révolution, en fait de haut enseignement, idéal conforme à la philosophie du XVIIIe siècle, d’où elle était sortie, que cet immense Institut enseignant où Talleyrand voulait réunir, avec tous les auxiliaires du travail intellectuel, bibliothèques, musées, collections, laboratoires, les sciences, les lettres et les arts ; c’est bien encore cet idéal que ces lycées, rêvés par Condorcet, où tout ce qui est science et libre recherche, mathématiques, sciences physiques, sciences de la nature vivante, sciences de l’homme moral, sciences des sociétés, langues et littératures, tout, jusqu’aux beaux-arts et aux arts mécaniques, eût eu îles professeurs, des chercheurs et des instrumens.

A vrai dire, dès le début de la Révolution, d’autres idées furent émises sur l’organisation du haut enseignement. Au lieu d’écoles encyclopédiques où toutes les sciences eussent été groupées suivant leurs affinités naturelles, s’aidant et s’unissant les unes les autres dans une poursuite commune de la vérité, d’autres, songeant moins à la science en elle-même qu’à ses applications, et d’ailleurs soucieux d’économies, avaient proposé pour chaque science particulière des écoles spéciales et fermées. Ce furent même leurs idées qui triomphèrent. Il n’en est pas moins certain que le programme