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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/886

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enchères, la moitié environ des gîtes concédés. On comprend que ce procédé oblique qui prend, si l’on peut ainsi parler, la propriété à revers, ait rencontré une opposition générale : si les conditions présentes de l’industrie et du travail ne permettent pas de laisser détenir plus longtemps des richesses minérales inexploitées, il semble que ce n’est pas par un subterfuge fiscal que la loi doit y pourvoir.

Quelles sont donc ces conditions nouvelles, et qu’y a-t-il de changé depuis le jour où la propriété souterraine a été constituée pour la première fois ? Aujourd’hui comme alors, le fer et la houille tiennent la tête dans les statistiques de notre production minière ; ce n’est guère que pour ces doux substances qu’on a légiféré depuis un demi-siècle. Les procédés d’extraction, l’outillage, se sont perfectionnés sans doute ; ils n’ont subi aucune transformation substantielle. Si la consommation a plus que décuplé par le fait des découvertes modernes, l’extraction française n’a pas cessé de progresser, à proportion, sinon dans la mesure exacte, des nouvelles exigences ; " ce qu’elle n’a pu fournir, l’importation l’a toujours procuré. Nous n’avons donc plus à nous préoccuper, comme en 1810, du cas où l’exploitation restreinte ou interrompue donnerait des inquiétudes « pour les besoins des consommateurs. » C’est là une de ces dispositions transitoires, tombées d’elles-mêmes en désuétude avec l’ancien ordre de choses, et qu’il ne faudrait faire revivre que si le malheur des temps nous ramenait un blocus continental. Présentement, de quoi s’agit-il ? D’obtenir la houille à bon marché et de lutter contre la concurrence étrangère. Sur la moyenne de 33 millions de tonnes que consomme annuellement l’industrie française, les deux tiers sont fournis par les charbonnages français, le dernier tiers par l’Angleterre, la Belgique et l’Allemagne. La production nationale se développant serait-elle à même de suffire seule aux demandes, et le pouvant, le devrait-elle ? Grave problème dans lequel il faudrait prendre parti entre les prophètes de malheur qui annoncent l’épuisement de nos mines de combustible dans un temps relativement peu éloigné, et les optimistes qui répondent de tout. Assurément, s’il y avait la moindre crainte de disette future, l’exploitation à outrance serait le pire des gaspillages ; les concessionnaires qui s’y livreraient devraient être menacés de déchéance pour avoir compromis « les besoins des consommateurs ; » il faudrait encourager nos usines, nos compagnies de navigation à vapeur et de chemins de fer à s’approvisionner à l’étranger en temps de paix, et tenir soigneusement en réserve nos richesses minérales pour le moment où nous devrions nous suffire à nous-mêmes.

Il y a tout lieu de croire, puisque ces préoccupations n’ont