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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/878

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pour eux, qu’une des formes du droit de propriété individuelle dont ils poursuivent la suppression. S’ils s’attaquent avec un acharnement particulier à la propriété souterraine, c’est que, la trouvant constituée de plus fraîche date et moins fortement organisée, ils pensent en avoir plus facilement raison et, par cette brèche, pénétrer dans la place. Montrons qu’ils ont mal choisi leur point d’attaque.

La propriété privée s’est établie par l’occupation du sol et par le travail individuel. Mais, — et voici le grand argument de ses adversaires, — l’occupation, bonne tout au plus pour une société naissante, ne suffirait pas à perpétuer indéfiniment la possession dans les mêmes mains si, par son travail de chaque jour, le possesseur ne se créait continuellement de nouveaux titres. Or, pour quelques classes de biens qui ne produisent qu’au prix d’un acharné labeur, combien d’autres ne réclament qu’un effort insignifiant, la peine seulement de récolter et d’entretenir ! La propriété moderne a donc dévié de son principe et renié ses origines ; elle n’est plus fille du travail. Et puis, là même où il joue encore un rôle actif, le travail, dit-on, n’est pas tout. Dans la production de la richesse, l’individu a pour coopérateurs nécessaires, la nature qui fournit la matière première, la société qui donne aux choses leur valeur commerciale, en créant le milieu propre aux relations et aux échanges. L’homme ne peut donc, sans frustrer son semblable, s’attribuer en propre une chose où la nature et la société ont part également.

Appliquées à la propriété de droit commun, ces critiques, sans être aucunement décisives, ont leur valeur ; sur le terrain de la propriété minière, les exploitans peuvent les retourner, mot pour mot, contre leurs antagonistes. L’occupation, ce mode d’acquérir des civilisations primitives, est restée et restera toujours le régime normal de la mine, car elle est une condition indispensable à l’appropriation des substances minérales ; c’est elle qui les met dans la circulation, qui les fait entrer dans le commerce. Et l’occupation, fait absolument individuel, ne peut engendrer qu’un droit pareillement individuel et privatif. Voilà donc justifiée l’attribution première de la mine à un seul. Quant au caractère perpétuel de cette possession, s’il est vrai que la propriété ne se conserve légitimement que par le travail, personne n’est mieux en règle que le maître de mines, car aucune propriété n’exige un pareil et plus constant déploiement de l’activité humaine sous ses trois formes : intelligence, capital, main-d’œuvre. Le travail, il est vrai, n’est pour rien dans la formation de la houille et des métaux ; la nature seule les a créés ; mais elle ne les a pas mis à la portée de tous, comme l’air, l’eau courante, les prés, les forêts, les animaux sauvages ; elle les a, tout au contraire, si soigneusement dérobés à