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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/769

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211,500 francs. A l’orphelinat municipal de la Kalverstraat à Amsterdam, on peut encore voir des toiles de premier ordre de Jacob Backer, Jurioen Oven, Ab. de Vries, etc., et dans cette même ville, dans la salle de la communauté des Bemontrans, un beau portrait par Th. de Keyser et un autre de J. Uysenbogaert par J. Backer. Qu’il ne se mêlât pas quelque vanité à ces représentations et que, comme d’ordinaire, l’amour-propre n’y trouvât pas son compte, nous ne le prétendrons pas ; mais sans trop nous arrêter aux mobiles qui déterminaient les donateurs, leur générosité tournait au profit des indigens, dont le budget bénéficiait d’autant.

Ce sens pratique que les Hollandais apportent dans l’exercice de la charité se manifeste aussi dans les études de l’ordre le plus élevé. On l’a remarqué d’ailleurs avec raison, les hautes spéculations philosophiques ne sont pas leur affaire et, si c’est chez eux que trois des plus grands penseurs du XVIIe siècle ont conçu et édifié leur système, ils ne sont guère en droit d’en revendiquer aucun : Descartes est Français, Locke est Anglais, et bien que né à Amsterdam, Spinoza appartenait en réalité à la colonie des Juifs portugais. Mais lors même qu’ils s’occupent des sujets en apparence les plus abstraits et les moins susceptibles d’un intérêt direct, leurs savans aboutissent à des résultats d’une utilité immédiate. Chez un tel peuple, et c’est là sa force, les intérêts sont en accord avec les principes. Cherchez le royaume de Dieu, a dit l’évangile, et le reste vous sera donné par surcroit ; ce reste n’a pas manqué aux Hollandais. Nous les voyons des premiers s’efforcer d’établir en Europe une conscience publique dans les relations des peuples les uns avec les autres. Seule la force brutale plus ou moins déguisée y avait présidé jusque-là, et ce n’est pas aujourd’hui qu’il conviendrait de dire qu’un tel état de choses a pris fin. Mais en regard de cette prédominance de la force matérielle, les juristes hollandais s’appliquent à édifier la puissance du droit. Puisque, suivant le vieil adage, la guerre reste la dernière raison des rois, ils essaient de réglementer la guerre, d’introduire parmi les violences dont elle est faite, quelques principes qui soient admis par les nations civilisées ou qui se piquent de l’être. C’est vers ce but que tendent les écrits et les publications de Hugo de Groot (Grotius) sur le Droit des gens, sur le Droit de paix et de guerre, sur le Droit maritime. Si les principes qu’il propose ne sont point acceptés de tous, du moins ils pourront être invoqués désormais à l’appui des causes justes, et les plus déloyaux, les plus impudens chercheront à se couvrir de leur ombre ; même en les violant, ils seront obligés d’en tenir compte et de paraître leur rendre hommage.

Ce sont là des prescriptions qui visent l’extérieur ; à l’intérieur, l’état a des devoirs formels vis-à-vis des sujets qui composent la