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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/766

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quand les modèles appartiennent à la condition la plus modeste, les portraits de cette époque ont-ils la valeur de documens historiques. L’esprit de ces temps glorieux y revit, et, en reproduisant fidèlement la ressemblance de leurs modèles, les peintres de l’école hollandaise ont exprimé quelque chose de la grandeur attachée à la vie même de la nation.


II

La sagesse pratique et l’esprit de conduite de ce peuple, nous les retrouverons dans tous les témoignages de son activité. L’exercice de la raison est maintenu chez lui par un sens moral très élevé qui dérive de sa façon de comprendre la religion, car celle-ci a également revêtu en Hollande une forme très particulière. Tout ce qui peut éveiller et développer ce sens moral fait partie de la religion. Sans doute, là aussi, nous rencontrons des théologiens ardens à la controverse, continuateurs attardés de la scolastique, féconds en raisonnemens subtils et en vaines dissertations, et à côté d’eux, des politiques désireux de perdre leurs adversaires comme fauteurs d’hérésie ou d’impiété, qui ne répugnent à aucun moyen et vont de préférence aux plus violens. Mais en dehors de ces meneurs, au fond de toutes ces questions de grâce et de prédestination qui passionnent certains esprits, la seule chose nécessaire, le salut, comporte moins de formules et de rites, il s’accommode d’un idéal moyen de doctrines sensées ; la continuité et le sérieux des efforts remplacent les raffinemens et les élans du mysticisme. Ce sont des gens de sens rassis, contenus, qui n’ont pas besoin de beaucoup d’expansion et qui, même en ces questions, cherchent à ne pas perdre pied. Soucieux avant tout de voir où ils vont, ils ne veulent pas s’égarer en visant trop haut. Leurs sectes, il est vrai, sont innombrables : luthériens, calvinistes, remontrans, contre-remontrans, mennonites, anabaptistes et bien d’autres encore, plus ou moins directement engagés dans ces disputes. Mais le plus grand nombre a surtout en vue un but pratique, une vie droite et foncièrement honnête, la chasteté, la fidélité aux engagemens pris, les vertus de famille, un christianisme qui développe la charité et qui règle les devoirs prochains des hommes les uns envers les autres. D’ailleurs, une élite s’est formée d’esprits tolérans qui, bien que professant des croyances différentes, s’estiment mutuellement, restent unis par la plus tendre affection et apprennent mieux encore en se pratiquant, qu’avec des convictions très opposées on peut avoir des vies également exemplaires.

Ce n’est pas que l’enseignement dogmatique de la religion et les recherches qui y ont trait soient délaissés. Mais là encore on