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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/762

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allaient pêcher au loin. Mais ces ressources, en somme, étaient peu de chose au prix de celles que son commerce allait bientôt fournir à cette nation en la mettant au premier rang. En Danemark, en Suède et en Norvège, d’où elle tirait ses métaux et ses bois de construction, elle supplantait peu à peu les villes hanséatiques, qui jusque-là y avaient eu le monopole du commerce. Ses relations avec ces contrées étaient devenues si fréquentes que beaucoup de familles originaires des Pays-Bas s’y étaient établies et y avaient ouvert des débouchés, non-seulement à l’industrie, mais encore aux arts de leur patrie. L’excellent livre de M. Olof Granberg, sur les Collections privées de la Suède [1], nous a révélé le grand nombre de tableaux de l’école hollandaise qui s’y trouvent, et plusieurs peintres néerlandais ont fait dans ces régions des séjours plus ou moins prolongés ou même des établissemens définitifs, comme le fils de Van Mander et J. Glauber à la cour de Danemark, ou G. Camphuysen, Ab. Wuchters, David Beck et T. Gelton à celle de Stockholm.

Mais des traversées plus audacieuses, plus fertiles en résultats, marquent cette époque. Avec la fin du XIVe siècle commencent ces expéditions polaires qui donneront la mesure du courage et de la fermeté stoïque dont sont capables ces hardis navigateurs. Poussant vers l’extrême nord, au Spitzberg, à la Nouvelle-Zemble (1596), en quête du passage depuis si souvent tenté vers le pôle Nord, surpris et enfermés dans les glaces, où ils sont contraints d’hiverner, ils affrontent, sous des latitudes jusque-là inconnues et presque sans ressources, la rigueur et les longues obscurités de ces rudes climats. Dans leur mâle concision, les journaux de bord de ces captifs héroïques nous font connaître la sublimité de leur foi religieuse, l’appui charitable qu’ils se prêtent mutuellement, la force d’âme avec laquelle ils supportent les privations et les périls auxquels ils sont exposés. Sans courir des dangers pareils, ces explorateurs infatigables trouvent vers ce même temps sur d’autres mers des conquêtes plus fructueuses. C’est le 2 avril 1595 qu’étaient partis d’Amsterdam les quatre bateaux qui pour la première fois abordèrent aux Grandes-Indes ; deux ans après, trois seulement rentraient au port, laissant derrière eux des relations nouées, des comptoirs établis dans des parages où les Portugais seuls avaient eu accès jusqu’alors. Enhardis par ces succès, les armateurs avaient équipé d’autres navires, et des compagnies s’étaient formées, d’abord isolées, puis fondues en 1602 dans la grande compagnie des Indes orientales. En 1621, celle des Indes occidentales activait encore l’accroissement du commerce de la Hollande, dont les vaisseaux couvraient les mers

  1. 1 vol. gr. in-8° ; Stockholm ; Samson et Wallin, 1886.